SauvezKerviel : site sur l'affaire de la Société Générale

L'affaire Jérôme Kerviel et son lynchage médiatique sans précédent...

16 mars 2008

« 5 milliards partis en fumée » de Pierre-Antoine Delhommais : un livre inutile et pitoyable

Dans l’affaire de la Société Générale, les medias en quête de sensationnel se sont lancés dans une « chasse au scoop » visant à dénicher les éléments les plus racoleurs, susceptibles de faire vendre. Dans cette course de vitesse, le suspense était total pour savoir quel serait le premier livre à faire les choux gras d’un auteur à la recherche d’argent facile. L’heureux gagnant est Pierre-Antoine Delhommais, chef adjoint du service économique du monde, auteur de « 5 milliards partis en fumée – Les dessous du scandale de la Société Générale».

Disons-le tout net : écrit en deux semaines, pour couper l’herbe sous le pied à des concurrents, cet ouvrage, dans la lignée de tout ce qui a été écrit jusqu’à présent, a beaucoup de mal à voler haut. L’auteur se contente d’assembler des éléments d’un puzzle largement diffusés dans les medias, et contribue à alimenter le lynchage public de Jérôme Kerviel, en le présentant comme seul coupable, alors que la justice n'a pas fini son enquête. Notamment, aucun pointage du doigt des déficiences gravissimes des systèmes de contrôle de la Société Générale.

Déjà, le « pitch » du livre sur le site Fnac.com sidère par son mépris de la présomption d’innocence : « 4,9 milliards d’euros. C’est le montant astronomique que Jérôme Kerviel, un trader de 31 ans, a fait perdre à la Société générale, dans des opérations frauduleuses sur les marchés boursiers européens…La plus grande fraude de l’histoire sur les marchés financiers commence le samedi 19 janvier 2008, quand les dirigeants de la banque découvrent, effarés, que ce jeune Breton discret, sans histoire, sympathique, est parvenu à déjouer tous les systèmes de contrôle et à dissimuler pendant un an ses gigantesques paris »

Le contenu du livre de Pierre-Antoine Delhommais indigne  tout autant, et étonne par l'absence d’éléments nouveaux et la faiblesse de son contenu analytique. Il s’agit en fait d’une relation un peu poussive des événements, qui ne prend en compte que le seul point de vue de la Société Générale, façon comme une autre d’accabler un peu plus le trader. Mais cette prose bâclée fait surtout ressortir, à son corps défendant, les faiblesses de la banque et la candeur de ses dirigeants qui découvrent, tels des jouvenceaux du métier, l’insuffisance de leurs systèmes de sécurité.

« Samedi 19 janvier, 16h20. Jean-Pierre Mustier, le patron des activités de marché de la Société générale, téléphone à Daniel Bouton, le président de la banque. Il lui demande s'il peut passer le voir dans son bureau, au trente-cinquième étage de la tour de la Défense. "Il y a un problème d'opérations dissimulées", lui annonce-t-il, livide. Daniel Bouton, occupé à préparer le conseil d'administration exceptionnel du dimanche soir, qui doit entériner des pertes imprévues de 2 milliards d'euros subies sur les subprimes, blêmit à son tour. »

Ainsi, lorsque la Direction apprend l’ampleur des positions de Jérôme Kerviel, Daniel Bouton doit déjà communiquer sur 2 milliards de pertes liées aux subprimes. Delhommais oublie d’ailleurs de mentionner ces pertes dans les montants astronomiques  « partis en fumée ». Quant à l’adjectif « imprévues » pour les qualifier, il est simplement ridicule : les banques savaient depuis près d’un an qu’elles auraient à annoncer des pertes catastrophiques à cause des crédits à risque. On se demande alors à quel moment Daniel Bouton a eu l’idée du lynchage sur la place publique de Jérôme Kerviel pour faire avaler plus facilement la couleuvre des subprimes.

Au passage, l’auteur en profite pour dévaloriser Jérôme Kerviel : « Personne, parmi les dirigeants de la salle présents ne croit un traître mot de cette histoire de martingale. Tous sont des mathématiciens de très haut niveau, diplômés de Polytechnique ou de Centrale, pour qui le trading n'est pas un jeu mais une science, qui se pratique à coups d'équations complexes. Les marchés, pour eux, sont le contraire d'un casino. Que Jérôme Kerviel, sorti d'une université de second rang, ait découvert un moyen de gagner à tous les coups sur les marchés est donc, à leur yeux, doublement inconcevable. » Pourtant, ce commentaire lapidaire cache mal une défaillance extrême dans le processus de recrutement et d’avancement à la Société Générale, qui met de l’argent entre les mains de personnes qu’elle estime incapables, parce que n’appartenant pas à cette caste des diplômés de Grandes Ecoles.

En tous cas, pour Delhommais, il est clair, même si l'enquête est en cours, que Jérôme Kerviel est le seul responsable, et sa hiérarchie blanche comme neige : « À l'aube, la cellule de crise a mis au jour l'inimaginable. Jérôme Kerviel a pris tout au long de l'année 2007 des positions spéculatives pures, directionnelles, de plus en plus grosses, sur les contrats à terme d'indices boursiers européens ». En revanche, aucune mention que ces doux agneaux innocents auraient dû se poser les mêmes questions lorsque Jérôme Kerviel avait dégagé une plus-value de 1,5 milliards d’euro en 2007, impossible avec la seule exposition maximale autorisée pour les arbitragistes sur les Warrants qu'était Jérôme Kerviel.

Enfin, concernant le fait que la Société Générale a débouclé les positions de Jérôme Kerviel en toute hâte et dans les pires conditions de marché, entraînant les bourses mondiales d’une grosse correction vers un krach, l’auteur le balaye de quelques coups de stylos : « Après avoir consulté ses principaux adjoints, Daniel Bouton prend lui-même la décision : déboucler cette énorme position dans les plus brefs délais, c'est-à-dire en commençant dès le lendemain matin, lundi 21 janvier (…)Les patrons de la salle décident de confier à un seul trader le soin de liquider l'ensemble de la position, afin d'éviter toute fuite. Il n'est pas choisi au hasard. C'est le plus expérimenté, le plus habitué à intervenir sur de très gros volumes (...) C'est ce trader vedette, "expert de chez expert", selon la formule d'un responsable de la salle, qui va, durant trois jours, et dans le plus grand secret, faire le sale boulot, liquider, dans des conditions de marché épouvantables, la position que lui a léguée Jérôme Kerviel. En subissant, sans que son talent puisse rien y changer, des pertes colossales ». Ouf ! Nous avions eu peur ! Il reste donc dans cette Société Générale, des gens capables de rattraper les bourdes de leurs collègues incompétents. Et en bon avocat de la Société Générale, Delhommais sous-entend que si la banque n’avait pas fait appel à son sauveur et géré parfaitement cette crise, elle aurait perdu encore plus. Ce point de vue partial est à l’opposé de ce que doit être un travail d’investigation et d’analyse d’un bon journaliste.

Posté par SauvezKerviel à 23:02 - Livres - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

    Edition d'un livre utile

    N(oubliez pas de vous faire respecter et de rétablir la vérité si celle-ci est mise en péril.
    car les requins et les mauvaises langues sont prêtes à vous détruire et à ne présenter que la version de la banque comme seule vérité.
    Comment une grande banque a été amenée à prendre les décisions en catastrophe en janvier 2008 au plus mauvais moment? D'autres solutions existaient pour diminuer la perte mais la Banque les a négligées par précipitation(je l'espère)

    Posté par Elvicario, 18 mars 2008 à 17:59
  • flashé sur jerome

    j'ai flashé sur jérome c'est un mec séduisant.J'aimerai tant le rencontrer .Si tu lis mon mot envoies moi un mail.

    Posté par retcha, 31 mars 2008 à 20:20

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