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L'affaire Jérôme Kerviel et son lynchage médiatique sans précédent...

25 mars 2008

Jérôme Kerviel contre Société Générale : poursuite des choses sérieuses

Jérôme Kerviel est sorti de prison. L’enquête sur l’affaire de la Société Générale va donc se poursuivre dans la sérénité. Pour l’heure, Jérôme Kerviel, ses avocats, Maîtres Meyer et Selnet, et son conseiller en communication Christophe Reille, se reposent, après les événements intenses de ces derniers jours. Ils vont devoir ensuite s’atteler à bâtir la défense du trader. La fin de la détention provisoire de Jérôme Kerviel n’augure rien des suites de l’affaire : elle ne fait que démontrer que le prolongement de cette détention n’était pas justifié, compte tenu de l’absence d’éléments tangibles concernant une éventuelle complicité. Les deux parties vont désormais affuter leurs arguments.

La Société Générale tentera de démontrer que le trader a outrepassé ses droits et a eu recours à des faux pour dissimuler ses opérations, qui ont conduit à des prises de positions de 50 milliards d’euro, débouclées dans les conditions et avec les conséquences que l’on sait.

Du côté de Jérôme Kerviel, la défense s’annonce périlleuse puisque le trader a reconnu avoir pris des positions au-delà de ses autorisations et avoir eu recours à des transactions fictives pour les dissimuler. Mais ses avocats tenteront de prouver que ses agissements, n’avaient rien de frauduleux, contrairement à ce que prétend la banque, et ce qui est relayé dans la presse.  Le principal argument est que sa hiérarchie était au courant de ses trades, et les tolérait tant qu’ils étaient gagnants. Ce n’est que lorsque les pertes de Jérôme Kerviel se sont creusées que la banque a révélé l’affaire.

Des éléments issus de l’enquête en cours soulèvent des points particulièrement embarrassants pour la Société Générale, parce qu’en contradiction avec certaines de ses accusations.

Tout d’abord, Jérôme Kerviel n’est pas le génie de l’informatique présenté au début. Celui-ci a pu dissimuler pendant plus d’un an ses positions démesurées du fait de l’insuffisance des systèmes de sécurité. Celle-ci était stigmatisée dès le 30 janvier par le Président de la Banque de France Christian Noyer, qui affirmait que les contrôles internes n’avaient pas « toujours fait l’objet d’un suivi approprié ». La Commission bancaire chargée du contrôle des banques françaises, également présidée par Christian Noyer, avait effectué 17 contrôles dans divers départements de la banque entre 2006 et 2007, à l’issue desquels elle avait préconisé un renforcement des contrôles internes. Cette surprenante déficience ne saurait pourtant innocenter Jérôme Kerviel : que les systèmes de sécurité soient insuffisants ne signifie pas qu’on est en droit de les contourner.

L’aspect le plus troublant, et non élucidé encore, est l’absence de réaction de la Société Générale, qui affirme qu’elle ne s’était rendue compte de rien avant le 18 janvier, alors que beaucoup d’éléments auraient du l’alerter depuis longtemps.

Jérôme Kerviel appartenait à une équipe de petite taille, où il semble difficilement concevable que des positions non autorisées aient pu être dissimulées. Selon le rapport interne publié le 20 février par un comité spécial de l’Inspection générale de la banque, présidé par l'ancien patron de PSA Jean-Martin Folz, 75 contrôles ont été effectués entre janvier 2007 et janvier 2008 à la suite d’anomalies sur les opérations de Jérôme Kerviel. En avril 2007, un contrôle révèle une position de 50 milliards d’euro, puis quelques jours plus tard, une opération effectuée un samedi, jour de fermeture des marchés. En juillet 2007, un contrôle révèle que deux opérations de 7 milliards d’euro sont fictives. Jérôme Kerviel donne ses explications, et la « hiérarchie, prévenue, n’a pas réagi », n’a diligenté aucune enquête, selon le rapport. Le 26 novembre, Eurex adresse un courrier à Eric Cordelle, le supérieur hiérarchique de Jérôme Kerviel, pour signaler l’achat par Jérôme Kerviel de 6000 contrats DAX, alors que son statut ne l’autorisait qu’à 200 ou 300. Là encore, aucune réaction d’Eric Cordelle ; « Je n’ai rien vu, je reçois environ 200 à 300 mails par jour ». On comprend mal comment une grande banque comme la Société Générale peut donner des fonctions d’encadrement à haute responsabilité à des irresponsables qui ne prennent pas la peine de lire leurs e-mails !

Les éléments de la confrontation du 6 mars entre Jérôme Kerviel et Eric Cordelle confirment la position ambigüe de la hiérarchie. Début 2008, Eric Cordelle aurait demandé à Jérôme Kerviel : « J’ai vu que tu avais plus de 1,4 milliard en trésorerie depuis quelques jours, tu as bien pensé à les placer ? ». Or, compte-tenu de la limite d’exposition du desk Delta One (125 millions d’euro), il était impossible de détenir un tel montant de trésorerie sans crever le plafond de cette limite. Eric Cordelle ne s’est jamais interrogé sur l’origine de cette plus-value : « Je ne l’ai pas demandé à Kerviel. Les seules consignes que j’avais de ma direction étaient de m’assurer que la trésorerie des traders soit correctement placée ». Réponse en forme de terrible aveu, puisque, soit Cordelle dit la vérité et cela révèle la nullité des procédures internes et des systèmes de contrôle, ainsi qu’un manque gravissime de curiosité à ce niveau de responsabilités, soit il ment pour dissimuler les pratiques d’une société qui acceptait tacitement, voire encourageait ouvertement ces pratiques.

Plus globalement, la Société Générale n’a jamais été non plus alertée par le comportement du trader qui n’avait pratiquement pas pris de vacances depuis 1 an, empêchant ainsi ses collaborateurs d’avoir accès à son book.

Tous ces éléments montrent que l’hypothèse d’un Jérôme Kerviel agissant dans le cadre de pratiques couramment admises et répandues, n’a rien d’incongrue. De toutes façons, la Société Générale ne saurait sortir indemne de cette affaire : même si cette hypothèse se révélait fausse, la possibilité qu’un seul homme ait pu agir sans encombre jetterait un discrédit total sur la fiabilité de la banque. On se demande finalement de quelle conclusion de l’affaire la banque aurait le plus à gagner, ou le moins à perdre…

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