27 janvier 2009
Jérôme Kerviel vs Société Générale : fin de l'enquête
Moins d’une semaine après les dernières auditions de Jérôme Kerviel, les juges d’instruction ont donc clos l’enquête ce lundi 26 janvier
Jérôme Kerviel et ses avocats ont maintenant trois mois pour réclamer, s’ils le souhaitent, des actes d'enquête complémentaires.
Le parquet se prononcera ensuite sur un renvoi éventuel du trader devant le tribunal correctionnel, ainsi que de son ancien assistant Thomas Mougard, le malheureux exécutant qui rappelons-le est le seul protagoniste de l’affaire (mais dans son cas, il est plus juste de parler de second, voire de troisième ou quatrième rôle !) à être mis en examen avec Jérôme Kerviel. Une aberration que j’ai largement eu l’occasion de dénoncer dans les pages de ce blog.
Compte tenu des délais, l'ordonnance de renvoi ne devrait pas être délivrée avant l'été, pour une audience qui pourrait se tenir aux alentours du printemps 2010.
22 janvier 2009
Jérôme Kerviel et la Société Générale : un an après
Il y un an jour pour jour, éclatait l’affaire de la SocGen et de son trader aujourd’hui devenu superstar, Jérôme Kerviel. Dans un climat boursier déjà tourmenté, la liquidation par la banque des positions du trader avait provoqué un premier cataclysme boursier qui avait vu le CAC 40 passer, grosso modo, de 5300 points à 4700 points.
Le 21 janvier 2009, le CAC 40 clôturait à 2900 points.
Perçue un temps comme le catalyseur d’un krach boursier, l’affaire apparaît de plus en plus, avec un an de recul, comme le révélateur d’une époque désormais lointaine, lorsque les banques, enivrées par les gains spéculatifs, rémunéraient leurs collaborateurs de bonus mirobolants et offraient à leurs actionnaires résultats stratosphériques et dividendes attractifs.
Aujourd’hui, il ne reste rien de cet Eden financier qui avait vu la vie de Jérôme Kerviel basculer du fantasme de la performance au cauchemar d’une instruction sans concession, mais aussi, de l’immaturité à l’âge adulte. Ebranlées par la crise des subprimes, essorées par la crise des liquidités, laminées par les affaires en tous genre (Madoff, pertes sur les produits dérivées pendant le krach d’automne 2008), affaiblies par la crise économique, les banques luttent pour leur survie en tant qu’entreprises privées, et les investisseurs n’en finissent plus de massacrer les cours de bourse : il y a un an, les actions de la SocGen et de BNP Paribas s’échangeaient autour de 70 euro ; aujourd’hui entre 25 et 30 euro.
La perte de 5 milliards issue de la liquidation des positions de Jérôme Kerviel dans les conditions que l’on sait, qui était perçue à l’époque comme surréaliste, inimaginable, apparaît aujourd’hui, bien que toujours considérable, comme un épiphénomène, pour ne pas dire une goutte d’eau dans un océan de catastrophes financières et économiques.
Un an donc après la révélation fracassante de l’affaire, et alors que l’instruction touche à sa fin (des auditions sont encore prévues les 22 et 23 janvier à la brigade financière, avant un renvoi éventuel de l’affaire en pénal), Jérôme Kerviel revient sur le devant de la scène. Après plusieurs mois de sollicitations, de contacts plus ou moins officiels avec les journalistes, c’est finalement le Parisien qui a dégainé le premier avec ce qui est annoncé comme une série "d'entretiens": et pour l’occasion, le Parisien ne fait pas dans la dentelle : Une complète, plus les 3 premières pages... un traitement digne d’Obama !
Mais, à en croire le principal intéressé, cette interview ne serait qu'un faux, compilé par les journalistes du Parisien à partir de confidences du trader obtenues en "off", et qui étaient censées restées privées. Et en effet, il n'y a pas à proprement parler de questions et de réponses, mais juste des citations de Jérôme Kerviel classées autour de thématiques. D'ailleurs, le mot "entretien" n'est employé qu'une fois, les journalistes, prudents, évoquant plutôt des "confessions".
Le trader déclarait ce matin à l'AFP : "Le peu que j'en ai lu m'a fait bondir. Je n'ai jamais donné d'interview. ce sont des phrases sorties de leur contexte, des morceaux mis bout à bout. Ce qui est déclaré dans ce journal n'est pas ma vérité".
Vérité ou pas, ceux qui ont suivi l’affaire depuis le début, et notamment les nombreux lecteurs de ce blog, n’apprendront de toutes façons rien de nouveau sur les événements ou les motivations du trader. Certains découvriront épouvantés que les banques (et donc leurs employés, leurs actionnaires, leurs dirigeants) ont tiré des bénéfices colossaux grâce à leurs positions baissières lors des attentats du 11 septembre, puis ceux de Londres. Une orgie financière indécente qui se terminait, comme nous l’apprend Jérôme Kerviel, par un bon vomi aux toilettes… parce que bon, gagner de l’argent lorsque des milliers de personnes meurent, c’est quand même difficilement acceptable. Je me demande ce qu’ont fait les banques de cet argent pas malhonnêtement gagné dans l’absolu… ont-elles aidé les familles des victimes, participé à des projets de reconstruction ? Je serais curieux de savoir cela.
Mais je digresse ! Pour en revenir à cet événement médiatique, cette vraie / fausse interview grille les dernières cartouches de la défense, qui réservait l'interview officielle comme moyen ultime pour tenter de retourner l’opinion des juges, ce qu'elle n'a pas réussi à faire en un an d’instruction et d’enquêtes. En quelque sorte, toucher les accusateurs en passant par le grand public, en majorité acquis à la cause du trader.
Cette arme marketing décochée à contre-temps sera-t-elle efficace d’un point de vue juridique ? On le souhaite pour Jérôme Kerviel, mais on peut en douter. L'article du Parisien n’apporte pas d’élément nouveau sur un accord tacite de la hiérarchie vis-à-vis des agissements du trader… or, cela constitue toute la stratégie de défense du trader.
