SauvezKerviel : site sur l'affaire de la Société Générale

L'affaire Jérôme Kerviel et son lynchage médiatique sans précédent...

09 février 2009

Jérôme Kerviel à "7 à 8" sur TF1 : "Je suis mister nobody et je veux redevenir personne"

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Ca y est, le plan médiatique de Jérôme Kerviel est en marche! Après le ratage du Parisien (vraie-fausse interview basée sur des morceaux "Off" censés rester secrets), ce sont finalement la radio RTL et la grande chaine culturelle TF1 qui ont eu le priviliège d'accueillir celui qui est passé de l'anonymat à la célébrité dont il se serait bien passé, ainsi qu'il le résume dans une phrase magnifiquement préparée : "Je suis mister nobody et je veux redevenir personne". Pas sûr que l'ancien trader soit exaucé dans son souhait, lui autour duquel s'est focalisée une grande partie de l'actualité de la Socgen depuis un an. De même que le nom de Nick Leeson, plusieurs années après l'affaire, continue à symboliser ce que l'on sait, il est à parier que le nom de Jérôme Kerviel sera durablement lié aux difficultés que connaît la banque, quel que soit le dénouement du procès.

Un an après cette brusque apparition médiatique, Jérôme Kerviel ne cherche pas à travailler son statut de star malgré lui, mais joue ses dernières cartouches, alors que l'instruction ne lui a pas permis, semble-t-il, de démontrer aux juges (ou de faire accepter aux juges) que la banque était derrière tous ses agissements.

Ainsi, Jérôme Kerviel prend la France à témoin. Les juges d'instruction n'ont pas voulu aller au fond de l'affaire en allant chercher d'éventuelles preuves au siège de la banque ? Jérôme Kerviel charge son ancien employeur devant la France entière pour démontrer que, non, il n'est pas l'escroc que la banque a présenté, qu'il n'est qu'un pantin, un sbire, une machine à cash efficace que sa hiérarchie a voulu user jusqu'à la moelle, puis incriminé, jusqu'au licenciement et à la poursuite.

Si les arguments semblent plausibles, convaincants, voire sincères (et osons le dire, très crédibles, tant les banques nous ont montré depuis plusieurs mois l'étendue de leurs turpitudes financières), il reste encore des zones d'ombres que les interviews n'expliquent pas. Pourquoi a-t-il produit des faux ? Ces faux étaient-ils connus de sa hiérarchie ? Pourquoi a-t-il continué à investir de plus en plus dans les derniers jours alors que l'étau se resserait ? Toutes ces questions sans réponse me font finalement me demander si nous saurons un jour toute la vérité sur cette affaire...

En attendant le procès, il est peu probable que Jérôme Kerviel refasse une apparition dans les médias. Le jeune homme souhaite rester discret... on peut le croire. Le choix de RTL, et d'une émission telle que "7 à 8", plutôt que la grande-messe du JT de 20h démontrerait une volonté de ne pas trop se montrer, malgré tout.

Voici donc quelques éléments de Verbatim de son entretien avec le journaliste Thierry Demaizières,

"Ce n'était pas un jeu, c'était mon métier d'investir sur les marchés financiers (...) peu à peu on perd les notions des montants". "Ça va très vite, on investit de l'argent, on achète bas et on espère vendre plus cher. En 5 secondes vous pouvez investir 200 millions d"euros..."

"A la fin de la journée, mon chef me donnait une tape dans le dos en me disant : 'Alors tu as été une bonne gagneuse aujourd'hui ?"

"A aucun moment, on ne m'a dit 'arrête tes conneries. On me l'aurait dit, j'aurais arrêté" (...) "Oui j'ai fait des bêtises, il y a des opérations fictives, mais je n'ai pas falsifié les comptes (...) "On m'a laissé faire" (...) "Ils ont ouvert la voiture, on m'a donné les clefs en me faisant des gestes de la tête en disant : 'Vas-y ! Vas-y'". J'ai peut être été plus loin que les autres mais on m'a poussé"

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22 janvier 2009

Jérôme Kerviel et la Société Générale : un an après

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Il y un an jour pour jour, éclatait l’affaire de la SocGen et de son trader aujourd’hui devenu superstar, Jérôme Kerviel. Dans un climat boursier déjà tourmenté, la liquidation par la banque des positions du trader avait provoqué un premier cataclysme boursier qui avait vu le CAC 40 passer, grosso modo, de 5300 points à 4700 points.

Le 21 janvier 2009,  le CAC 40 clôturait à 2900 points.

Perçue un temps comme le catalyseur d’un krach boursier, l’affaire apparaît de plus en plus, avec un an de recul, comme le révélateur d’une époque désormais lointaine, lorsque les banques, enivrées par les gains spéculatifs, rémunéraient leurs collaborateurs de bonus mirobolants et  offraient à leurs actionnaires résultats stratosphériques et dividendes attractifs.

Aujourd’hui, il ne reste rien de cet Eden financier qui avait vu la vie de Jérôme Kerviel basculer du fantasme de la performance au cauchemar d’une instruction sans concession, mais aussi, de l’immaturité à l’âge adulte. Ebranlées par la crise des subprimes, essorées par la crise des liquidités, laminées par les affaires en tous genre (Madoff, pertes sur les produits dérivées pendant le krach d’automne 2008), affaiblies par la crise économique, les banques luttent pour leur survie en tant qu’entreprises privées, et les investisseurs n’en finissent plus de massacrer les cours de bourse : il y a un an, les actions de la SocGen et de BNP Paribas s’échangeaient autour de 70 euro ; aujourd’hui entre 25 et 30 euro.

La perte de 5 milliards issue de la liquidation des positions de Jérôme Kerviel dans les conditions que l’on sait, qui était perçue à l’époque comme surréaliste, inimaginable, apparaît aujourd’hui, bien que toujours considérable, comme un épiphénomène, pour ne pas dire une goutte d’eau dans un océan de catastrophes financières et économiques.

Un an donc après la révélation fracassante de l’affaire, et alors que l’instruction touche à sa fin (des auditions sont encore prévues les 22 et 23 janvier à la brigade financière, avant un renvoi éventuel de l’affaire en pénal), Jérôme Kerviel revient sur le devant de la scène. Après plusieurs mois de sollicitations, de contacts plus ou moins officiels avec les journalistes, c’est finalement le Parisien qui a dégainé le premier avec ce qui est annoncé comme une série "d'entretiens": et pour l’occasion, le Parisien ne fait pas dans la dentelle : Une complète, plus les 3 premières pages... un traitement digne d’Obama !

Mais, à en croire le principal intéressé, cette interview ne serait qu'un faux, compilé par les journalistes du Parisien à partir de confidences du trader obtenues en "off", et qui étaient censées restées privées. Et en effet, il n'y a pas à proprement parler de questions et de réponses, mais juste des citations de Jérôme Kerviel classées autour de thématiques. D'ailleurs, le mot "entretien" n'est employé qu'une fois, les journalistes, prudents, évoquant plutôt des "confessions".

Le trader déclarait ce matin à l'AFP : "Le peu que j'en ai lu m'a fait bondir. Je n'ai jamais donné d'interview. ce sont des phrases sorties de leur contexte, des morceaux mis bout à bout. Ce qui est déclaré dans ce journal n'est pas ma vérité".

Vérité ou pas, ceux qui ont suivi l’affaire depuis le début, et notamment les nombreux lecteurs de ce blog, n’apprendront de toutes façons rien de nouveau sur les événements ou les motivations du trader. Certains découvriront épouvantés que les banques (et donc leurs employés, leurs actionnaires, leurs dirigeants) ont tiré des bénéfices colossaux grâce à leurs positions baissières lors des attentats du 11 septembre, puis ceux de Londres. Une orgie financière indécente qui se terminait, comme nous l’apprend Jérôme Kerviel, par un bon vomi aux toilettes… parce que bon, gagner de l’argent lorsque des milliers de personnes meurent, c’est quand même difficilement acceptable. Je me demande ce qu’ont fait les banques de cet argent pas malhonnêtement gagné dans l’absolu… ont-elles aidé les familles des victimes, participé à des projets de reconstruction ? Je serais curieux de savoir cela.

Mais je digresse ! Pour en revenir à cet événement médiatique, cette vraie / fausse interview grille les dernières cartouches de la défense, qui réservait l'interview officielle comme moyen ultime pour tenter de retourner l’opinion des juges, ce qu'elle n'a pas réussi à faire en un an d’instruction et d’enquêtes. En quelque sorte, toucher les accusateurs en passant par le grand public, en majorité acquis à la cause du trader.

Cette arme marketing décochée à contre-temps sera-t-elle efficace d’un point de vue juridique ? On le souhaite pour Jérôme Kerviel, mais on peut en douter. L'article du Parisien n’apporte pas d’élément nouveau sur un accord tacite de la hiérarchie vis-à-vis des agissements du trader… or, cela constitue toute la stratégie de défense du trader.

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15 décembre 2008

L'affaire Madoff ou le nouveau désastre d'un capitalisme malade et exsangue

360 millions de dollars pour ManGroup ; 75 millions d’euro pour Unicredit ; 450 millions d’euro pour Natixis ; 350 millions d’euro pour BNP Paribas ; peut-être 1 millard de dollars pour HSBC ; et encore Santander, Nomura, Royal Bank of Scotland ; des hedge funds laminés (7,28 milliards pour le seul fond Fairfield Greenwich ; plus d’un milliard pour Tremont ; près de 4 milliards de dollars pour les institutions suisses…) ; des particuliers américains ruinés par centaines, par milliers. Au total un montant considérable de 50 milliards de dollars partis en fumée, et la liste des victimes du pseudo-courtier ex-patron du Nasdaq Bernard Madoff ne cesse de s’allonger en ce lundi 15 décembre qui pourrait être funeste sur les marchés boursiers.

La mécanique de la fraude était très simple… tellement simple que cette simplicité en devient effrayante : Madoff rémunérait ses clients avec les apports de ses nouveaux clients. Et cela durait depuis 20 ans ! 20 ans que de grandes instituions financières confiaient et laissaient leur argent dans un gouffre… sans rien voir ! Pourquoi voir d’ailleurs, pourquoi regarder, lorsque cela rapporte ?

La supercherie a été découverte lorsque plusieurs des « hedge funds » clients, pour faire face à la crise de liquidités et à la tempête boursière, ont réclamé à Madoff tout ou partie de leurs capitaux. Bien évidemment dans l’impossibilité de rembourser, Madoff a avoué son forfait.

Mais quel rapport avec Jérôme Kerviel et l’affaire de la SocGen, me direz-vous ?!

Alors que la semaine dernière, les juges d’instruction ont rendu un rapport soulignant les dissimulations de Jérôme Kerviel, et l’absence de complicité active ou passive de la banque dans l’affaire, le cas Madoff peint un tableau du monde de la finance en ruines, décrédibilisé, usé, à genoux, vil. Ces honorables institutions financières ont pensé que l’argent était si facile qu’elles le confiaient sans contrôle à un pseudo-gourou des marchés, en réalité à un escroc sans scrupule ; elles ont aussi considéré que l’argent était tellement facile qu’on pouvait le confier à des personnes très jeunes, sans garde-fou, et valoriser chez eux l’appart du gain avec des bonus mirobolants. Lorsque ces traders rapportaient de l’argent, pas de problème ! On continue à fonctionner ainsi ! Mais lorsque les marchés deviennent si imprévisibles et volatiles que les risques sont surmultipliés et les pertes gigantesques s’accumulent, alors là, on ne savait pas, on s’est laissé abuser ! Facile non ?

Les institutions financières pouvaient-elles déceler les activités frauduleuses de Madoff ? Probablement pas… Mais je pense qu’elles sont largement coupables de s’être exposées à des marchés particulièrement risqués et d’avoir fermé les yeux lorsque les marchés montaient, et de ne les avoir ouverts que lorsque la situation devenait dramatique.

De la même façon, je ne crois pas en l’absence de complicité de la SocGen dans les agissements de Jérôme Kerviel. Même si l’ex-trader a outrepassé ses droits, même s’il a dissimulé tout ou partie de ses positions, et sans qu’on sache si la banque a pu, à un moment ou un autre, encourager les agissements de Jérôme Kerviel (cela, on ne le saura sans doute jamais...), il ne fait aucun doute que ce monde de la finance a vécu sur un train démentiel, disproportionné et déconnecté de la réalité, qui n’a pu qu’encourager ce type de pratiques.

Les crises ont souvent des vertus prophylactiques. Espérons que celle que nous vivons permettra au monde de la finance de se régénérer et d’adopter des comportements plus sains… jusqu’aux prochains excès, et jusqu’à la prochaine crise !

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02 décembre 2008

Jérôme Kerviel au cinéma ? probablement une fausse information !

On ne sait trop quel crédit accorder à l'entrefilet paru ce matin dans le Figaro.fr, faisant état de pourparlers entre Jérôme Kerviel et Antoine de Caunes pour la réalisation d'un film sur les aventures du trader, et encore plus étonnant, sur le fait que Jérôme Kerviel jouerait son propre rôle.

Sur le principe, un tel projet apparaît déjà comme une incongruité, les parti-pris inhérents à ce genre d'entreprises ne pouvant apparaître que comme des éléments de défense, pour ne pas dire de propagande pro-Kerviel, alors que l'instruction n'est pas encore terminée et que l'affaire sera portée au Tribunal Correctionnel. Le jugement futur de cette affaire, et la connaissance de la vérité à venir, ne peuvent qu'avoir un impact énorme sur le contenu même du scénario.

Mais on s'étonne encore plus d'envisager que Jérôme Kerviel puisse être le héros de son propre film. Certes, des commentaires mi-amusés, mi-encenseurs n'avaient pas manqué de noter une vague ressemblance avec Tom Cruise, ce qui ferait de Jérôme Kerviel, sur le papier, une "star" de cinéma tout à fait acceptable. Mais le "héros-trader" ou si on préfère le "trader-héros" s'étant fait particulièrement discret depuis son interview ratée à l'AFP juste après le déclencement de l'affaire (voir dans ce blog), exceptées quelques apparitions ça et là sur les terrasses ensoleillées des cafés parisiens aux heures les plus tendues de l'instruction, un tel déballage médiatique ne manquerait pas de susciter la désaprobation (l'acharnement?) de ses juges, et l'amusement courroucé du peuple, probablement déçu de constater que celui qu'il perçoit comme un anti-héros victime de sa hiérarchie utilise la situation pour briller sous les feux de la rampe.

Jusqu'à présent, Jérôme Kerviel a très bien su se protéger de l'affolement médiatique autour de son auguste personne, et préserver, semble-t-il, un peu de sérénité. Prendrait-il le risque de mettre à mal ce qu'il essaie de construire depuis plusieurs mois?  Difficile à envisager... Aussi, je serais fort étonné que cette "breaking news" soit avérée. Mais si elle l'était, on pourrait facilement la qualifier d'"abracadabrandestque" !

Plus légèrement, on pourra critiquer le choix d'Antoine De Caunes comme possible réalisateur du film. Visiblement peu affecté par l'échec critique et commercial de son "Coluche, l'histoire d'un mec", De Caunes souhaiterait donc remettre le couvert pour nous servir une nouvelle production marketing, misérable dans sa finalité, racoleuse, et vraisemblablement mauvaise, en bref, un navet supplémentaire à ajouter à la soupe indigeste que produit parfois le cinéma français : pas sûr que cela serve les intérêts du trader !

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01 novembre 2008

Boris Picano-Nacci et Jérôme Kerviel : 2 poids et 2 mesures!

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Boris Picano-Nacci, le trader de la Caisse d'Epargne de 33 ans (son profil Viadeo annonce toujours Trading Compte Propre, Caisse Nationale des Caisses d'Epargnes) à qui il est reproché d'avoir pris des positions spéculatives non autorisées qui ont abouti à une perte de 700 millions d'euro, a été mis en examen par la juge Xavière Siméoni le 30 octobre pour « abus de confiance » et placé sous contrôle judiciaire, après avoir été entendu près de 40 heures par la Brigade Financière.

L'affaire ressemble en de nombreux points à celle de la Société Générale mais le traitement accordé à Boris Picano-Nacci n'a rien à voir avec celui auquel a eu droit Jérôme Kerviel : pas de lynchage médiatique en règle, pas d'affichage de sa photo à la Une de tous les journaux, pas de traitement de tous les noms d'oiseaux (terroriste, formidable manipulateur, etc...). Même le nom de l'infortuné trader a mis du temps à être divulgué, alors que seule l'initiale de son nom était mentionnée au départ : il semble que les dirigeants de la Caisse d'Epargne aient tenu compte de l'expérience malheureuse de la SocGen, et de sa désastreuse campagne de communication lors de la révélation de l’affaire. D’ailleurs, la banque prévient : « Nous n’avons pas l’intention de jouer le jeu de la victimisation avec le trader, ni de le déstabiliser ». Et vlan dans les gencives Daniel Bouton ! Et pan dans le ventre de la Générale !

Similarité des événements, et ébahissement des « gens d’en bas » qui découvrent médusés que le monde de la banque ne se limite pas au compte courant, au Livret A et au placement de père de famille. Dans un marché boursier devenu fou, secoué par une volatilité historique et hystérique, alors que les banques étaient à cours de liquidités et obligées, o sacrilège capitalistique, d’accepter la manne céleste d’états providence déjà largement endettés, ils se sont donc trouvés quelques traders aventureux qui ont continué à « jouer » des sommes folles avec un argent qui ne leur appartenait pas.

Mais pour un Boris Picano-Nacci qui se fait prendre, combien passent au travers des gouttes ?

La nature a horreur du vide et les média ont horreur de l’absence d’informations croustillantes. Ainsi le pedigree de ce jeune loup de la finance, passé en quelques jours de l’énigmatique Boris P. à l’exotique Boris Picano-Nacci, n’a pas tardé à être dévoilé. Ce qui n’a pas manqué d’établir certains parallèles avec Jérôme Kerviel, entre points de convergence et différences.

Le nom tout d’abord : alors que Jérôme Kerviel nous avait transporté en pays bigouden avec un nom fleurant bon la crêpe au salidou et la bolée d’Armorique, Boris Picano-Nacci n’est pas sans évoquer un régionalisme maquisard aux lointains parfums slaves, même si la famille du trader est rhodanienne. Et on peut se demander si on verra se manifester chez nos amis de l’île de Beauté un esprit de corps aussi fort et solidaire que chez nos maîtres de galettes au sarrasin.

L’âge ensuite : 31 ans, 33 ans… et cette question lancinante : omment, malgré l’affaire de la SocGen, malgré le désastre des Subprimes, malgré le précipice devant lequel elles se trouvent, les banques continuent-elles à faire manipuler des sommes folles par des gamins, et mettre le système financier déjà exsangue, à genoux, dans une situation de péril encore plus grand ? Le plan Paulson, et les autres plans de sauvetages, s’ils ont permis d’éviter une catastrophe planétaire, n’ont visiblement pas servi de leçon à un monde capitaliste décidément devenu fou.

Le parcours professionnel aussi : si Jérôme avec son diplôme de l’Université de Nantes nourrissait un certain complexe d’infériorité et un désir de revanche face à ses collègues issus des Grandes Ecoles de France, Boris, lui aussi universitaire, a suivi un parcours plus « classique » et météorique dans le monde des salles de marchés : en 2001, diplôme de l’Université de Paris 1 Panthéon Sorbonne et un mémoire consacré au « Processus de Lévy et modélisation financière ». Dans la classe de Patrice Poncet, professeur à l’Essec et consultant à la Socgen, il apprend notamment à démêler des algorithmes de programmation ; puis embauche la même année par la Caisse d’Epargne comme assistant trader qui débouche rapidement sur un poste de trader. Parallèlement, Boris s’inscrit en thèse sur les « mathématiques appliquées à la valorisation des produits dérivés » à l’école doctorale de décision informatique-mathématique-organisation de Paris Dauphine. Parcours sans faute donc d’un trader qui n’avait rien à prouver, donnait des cours en licence à Dauphine dans la filière informatique et mathématiques, et animait un TD d’introduction à la finance.

La personne enfin : Jérôme, avec ses airs éloignés de Tom Cruise, était décrit par son entourage comme un jeune homme gentil et réservé, vivant à Neuily. Boris serait plutôt du style « sympa » avec des airs de Monsieur tout le monde et logeant dans le Val-d’Oise.

Voilà voilà... Reste que ledit Boris n’a pas repensé à l’affaire de la SocGen lorsqu’il a pris ses positions spéculatives, dans un contexte de folie boursière exceptionnel. A partir du 15 septembre, Boris Picano-Nacci parie sur un renversement à la hausse des marchés alors que les marchés ont dévissé de 7% la semaine précédente. On le sait, les marchés se sont affolés et ont plongé dans des proportions jamais vues depuis près de vingt ans. Boris Picano-Nacci a ensuite tenté de dissimuler ses pertes abyssales par des déclarations rassurantes et mensongères. Sa hiérarchie a également « couvert » ses pertes jusqu’à ce que cela devienne intenable.

Bon et bien, moi, c’est là que je m’insurge !! Quelle stupidité ! Quel manque de lucidité, de bon sens !! Avec les subprimes, la faillite de Lehman et le cataclysme financier qui éclatait en plein jour, la défiance des banques entre-elles agitant le spectre d’une crise de liquidités, la récession économique qui montrait des signes de plus en plus tangibles de son installation, comment pouvait-on imaginer que la bourse se contenterait d’une baisse de 7% ? A quoi cela sert de faire de belles études et des thèses dont nous ne comprenons même pas le titre, de toucher des sommes immenses en bonus de fin d’année, s’il s’agit ensuite de faire preuve d’une telle bêtise, d’une telle incompréhension des mécanismes économiques et financiers les plus élémentaires ?

Monsieur Boris Picano-Nacci, si vous étiez sorti de votre bulle douillette de salle de marchés, vous vous seriez peut-être rendu compte du désastre économique que connait le monde aujourd’hui. Vous auriez « joué » une poursuite de la baisse des marchés, auriez engrangé de substantielles plus-values et fait la joie de votre hiérarchie et de votre compte en banque alors que des millions de foyers américains ont perdu leur logement. Mais hélas, tout ne fonctionne pas parfois comme on le souhaite : vous apprendrez peut-être ainsi ce qu’est une crise ?

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17 octobre 2008

Après la Société Générale, l'Ecureuil !!

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Alors que la défense de Jérôme Kerviel s'attache à démontrer l'accord de sa hiérarchie dans ses prises de positions qui dépassaient les limites autorisées, la nouvelle affaire de la Caisse d'Epargne l'Ecureuil leur apporte de l'eau au moulin quant aux pratiques couramment répandues dans les salles de marché.

Ainsi, l'Ecureuil a annoncé aujourd'hui une perte de 600 millions d'euro alors qu'une équipe de 5 ou 6 traders avaient outrepassé les limites de leur mandat en prenant des positions non autorisées, qui ont été débouclées dans la semaine du 6 octobre, c'est-à-dire en plein krach boursier. Les événements ressemblent étrangement à ceux de la Générale, et il semble que les traders de l'Ecureuil n'aient rien appris, ni de l'affaire de la Générale, ni de la crise des Subprimes, en prenant des risques inconsidérés sur les produits dérivés dans une période de folie boursière.

Comble du mépris de la direction de l'Ecureuil pour ses clients, la banque présente cette grosse boulette comme un «incident de marché» qui s'explique par « l'extrême volatilité des marchés et du krach boursier de la semaine du 6 octobre».

On croit rêver!!!! Mais non, ce ne sont pas les pauvres traders (et leur hiérarchie) de la banque qui sont responsables de ce gouffre, mais les vilaines conditions du marché, qui, horreur! empêchent des incompétents de gagner beaucoup d'argent facilement. Alors que tous les dirigeants de la planète prônent un capitalisme responsable, que la banque Lehman Brothers a été sacrifiée pour l'exemple (provoquant d'ailleurs une débâcle financière encore plus grande!), que les contribuables du monde entier vont payer pendant des années la facture des plans Paulson et consors, des brillants traders continuent de flamber l'argent, comme si la crise de liquidités n'était pas assez grave.

L'Ecureil a beau avoir déclaré que des sanctions ont été prises, on se rend aujourd'hui encore mieux compte de ce que peut être l'activité d'une salle de marché : quant tout va bien, on se gave comme des fous, mais quand ça va mal, on coule. Bravo!

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13 octobre 2008

Les commissaires aux comptes de la Société Générale convoqués

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C'est donc aujourd'hui qu'a lieu l'audition des Commissaires aux Comptes (Deloitte et Ernst & &Young) par les magistrats chargés de l'enquête, Renaud Van Ruymbeke et Françoise Desset. Rappelons que cette audition demandée par Jérôme Kerviel et ses avocats était initialement prévue le 22 septembre.

La défense de l'ancien trader tente de démontrer que ses opérations avaient été validées en comptabilité, ce qui selon eux, démontrerait une acceptation tacite de la hiérarchie de la banque, voire une complicité active.

Cette confrontation a été l'occasion, pour une des avocates de Jérôme Kerviel, Maître Caroline Wasserman, de faire valoir de façon anticipée un certain nombre d'arguments afin de préparer l'opinion publique à d'éventuelles révélations.

Ainsi, on a appris que Marine Auclair, une responsable du "Middle résultat" avait adressé le 16 avril 2007 un mail à sa hiérarchie (Maia Miori-Otal) et à plusieurs contrôleurs financiers en s'interrogeant sur un montant de 94 millions d'euros non-justifié en comptabilité.

Le JDD (Journal du Dimanche) cite le mail : "Ce mail pour vous informer que nous avons 88 Mios d'euros d'écarts FO/CO [c'est-à-dire entre ce qu'annonce le trader et le résultat comptable] sur trois futurs dax juin du gop 2A [produits achetés sur le marché allemand, le Dax étant l'indice de la Bourse de Francfort. Le gop 2A est le centre opératoire de Jérôme Kerviel] et 6 Mios d'euros sur un forward booké [produit négocié de gré à gré] face à Click Option au 30/03/2007"

Ce montant aurait finalement été validé en comptabilité après juste une réunion de service et un entretien avec le trader (en présence de Vincent Guyot, contrôleur financier et Sébastien Lombard, responsable de l'équipe "Risq"), où celui-ci aurait révélé l'existence de transactions fictives.

Négligence coupable ou complicité active de la part de la banque ? C'est à cette question que les juges d'instruction devront apporter une réponse, après s'être forgés une conviction. Mais il apparaît de plus en plus que Jérôme Kerviel n'a pas eu  beaucoup de difficulté à dissimuler ses opérations fictives, et même que sa hiérarchie les avait acceptées.

Toutefois, les montants en question (94 millions d'euro, si ce mail de Marine Auclair était avéré) semblent relativement faibles, et en tous cas, sans commune mesure avec les montants en jeu par la suite, et jusqu'au début de l'année 2008. En avril 2007, le montant non justifié passe de 94 à 142 millions d'euros pour atteindre 2,2 milliards d'euro début juillet 2007. A chaque fois, les explications fournies par Jérôme Kerviel, faisant suite à des dizaines de mails alarmistes, semblent satisfaire sa hiérarchie, qui enregistre toutes les opérations fictives en comptabilité.

Les juges devront donc évaluer si cet enregistrement en comptabilité de 94 millions fait de la banque une complice objective de Jérôme Kerviel, à qui elle aurait ainsi donné un "blan-seing" pour qu'il continue ses opérations.

Dans la foulée de cette audition, les avocats de Jérôme Kerviel n'ont pas manqué d'intégrer l'argument de la crise financière dans leur stratégie de défense :

Ainsi Maître Bernard Benaïem a déclaré : "Ce que nous disons, c'est que de façon évidente, et aujourd'hui la crise financière vient le confirmer, il y a un système qui existait et il ne faut pas que des lampistes, tel que Kerviel, soient les seuls a supporter les conséquences de cette crise financière".

Maître Eric Dupond Moretti a également déclaré : "Kerviel, c'est un élément parmi tant d'autres et la crise d'aujourd'hui démontre à l'évidence qu'il est un tout petit pion. Si j'avais du cynisme, je vous dirais que cinq milliards, à l'égard de ce qu'on a vu la semaine dernière, c'est peu de choses".

Sous-entendu, la course aux profits, qui a provoqué la crise des subprimes, a mis en place les conditions qui ont fait que Jérôme Kerviel a pris des positions au-delà de ce qui était autorisé.

Mais, ce qui me semble fallacieux, hors de propos, et pour ne pas dire une lourde erreur de la part des avocats de la défense de Jérôme Kerviel, est l'argument qui consiste à dire que 5 milliards d'euro, ce n'est pas grand chose au regard du désastre financier actuel. Certes, en relatif, c'est une part marginale. Mais 5 milliards, dans l'absolu, c'est beaucoup, et en plus, cette phrase maladroite sous-entend que Maître Dupond-Moretti admet d'une certaine façon la culpabilité de Jérôme Kerviel !

Est-ce parce que mon voisin fraude que j'ai le droit de frauder ? Non!

Ce lapsus (?) de Maître Dupond-Moretti est édifiant pour un avocat de cette envergure. Car, depuis le début, la défense de Jérôme Kerviel consiste à dire que ses agissements étaient admis par sa hiérarchie, et non que sa faute était légère en relatif, dans la mesure où la banque avait commis une faute encore plus lourde avec les titres Subprimes.

Notons enfin qu'une seconde confrontation avec les Commissaires aux Comptes est prévue le 21 octobre.

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09 septembre 2008

Les interrogations que soulève le rapport Green

La confrontation du mercredi 3 septembre entre Jérôme Kerviel et son ancien assistant Thomas Mougard a permis aux avocats de Jérôme Kerviel de poursuivre leur stratégie offensive contre la Société Générale. Pour prouver que la hiérarchie ne pouvait ignorer les agissements de Jérôme Kerviel, mais qu’en plus elle les connaissait et les acceptait, les avocats ont demandé l’audition des Commissaires aux Comptes de la banque, afin de déceler dans la comptabilité des preuves de complicité de la banque par fourniture de moyens.

Dès le début de l’enquête, Jérôme Kerviel a demandé aux Juges d’Instruction une expertise financière qui permettrait de mettre en évidence une complicité éventuelle de la banque. Pour l’instant, les juges d’instruction n’ont pas donné suite à cette demande.

Le Rapport de Synthèse de la Mission Green effectuée par l’Inspection Générale de la banque entre le 24 janvier et le 20 mai 2008 (et pas seulement les extraits parus dans la presse que la banque a bien voulu diffuser), fait pourtant apparaître de nombreuses zones d’ombre auxquelles l’instruction ne semble pas encore avoir répondues. Or, ces zones d’ombres pourraient cacher une complicité objective de la hiérarchie du trader.

1.     La Société Générale a découvert, dès avril-mai 2007, l’existence d’opérations dites« fictives » : des alertes ont été envoyées à cette date par le middle office au responsable du desk Delta One et à son supérieur, mettant en avant des anomalies relevées sur le périmètre de Jérôme Kerviel. La hiérarchie n’a jamais réagi à ces alertes ; les Contrôleurs Financiers auraient-ils alors décidé de passer en comptabilité ces opérations fictives en équivalent financier afin d’effectuer les arrêtés mensuels et trimestriels ? Et que cache ce silence de la part des supérieurs de Jérôme Kerviel ?

2.     La position de trésorerie de Jérôme Kerviel n’a pas pu échapper aux responsables de la salle de marchés. Le rapport souligne que les prises de positions massives ont commencé à partir de mars 2007. Des positions de 28 milliards d’euro au 31juin, débouclées en août, puis de 30 milliards d’euro au 31 octobre, débouclées en novembre ont abouti à un gain de 1,5 Milliards d’euro. Etrangement, la hiérarchie de Jérôme Kerviel ne se serait jamais rendu compte de l’excédent de trésorerie cash de 1,3 Milliards d’euro du 28 décembre 2007 au 1er janvier 2008 sur le centre opératoire de Jérôme Kerviel !! Cette somme n’est pourtant pas si mince, pour passer à ce point inaperçue ! La même remarque s’applique lorsque la position de Jérôme Kerviel était en déficit de 2 milliards d’euro en juin 2007, montant impossible compte tenu des activités « autorisées » de Jérôme Kerviel. Pourquoi la banque a-t-elle réagi seulement le 18 janvier 2008 ? Se pourrait-il qu’à cette date, pour la première fois, ces montants soient « sortis » de la Salle des  Marchés, qui est un monde clos au sein de la banque, à cause d’une opération mal « ficelée » qui aurait augmenté le risque et impacté la solvabilité de la banque ?      

3.    Le résultat 2007 de Jérôme Kerviel (43 millions d’euro dont 25 millions d’euro de trading pour compte propre et 18 millions d’euro de trading « clients ») a été multiplié par 6 entre 2006 et 2007 pour représenter 59% du résultat de la table DLP (Delta One Listed Products) et 27% de l’ensemble du desk Delta One en 2007 ! Qui pourra croire qu’au sein de la salle des marchés, personne n’ait pu détecter cette contribution, improbable compte tenu de l’activité d’arbitragiste sur les warrants « turbos » des concurrents de Jérôme Kerviel (contributrice à hauteur de 3 millions d’euro) ? Par ailleurs, le résultat de 25 millions d’euro pour le trading en compte propre plaçait Jérôme Kerviel comme 15ème meilleur trader, sur 143, du pôle arbitrage de GEDS (Global Equities & Derivatives Solutions) : or son activité d’arbitragiste ne pouvait expliquer cette performance.

4.    Les montants de frais de courtage en fin d’année (6,2 millions d’euro soit 28% du résultant annuel associé) et des appels de marge en cash réalisés par la Chambre de Compensation (imputables jusqu’à 90% à Jérôme Kerviel début janvier 2008), ne pouvaient non plus échapper à la hiérarchie de Jérôme Kerviel.

L’Inspection Générale qualifie tout au long du rapport les positions de « frauduleuses ». Mais c’est à la justice de qualifier ces opérations de frauduleuses, si elle estime que la hiérarchie de Jérôme Kerviel n’était au courant de rien.

Le rapport Green se contente de donner pour excuse que la hiérarchie était défaillante, et qu’elle n’a pas réagi de façon appropriée aux nombreux signaux et alertes. Excuse trop facile pour nier la responsabilité de la banque, et surtout erronée : si le rapport Green ne reconnaît évidemment pas que la hiérarchie était au courant des positions massives à partir de mars 2007 (ce qui compte tenu de certains éléments mentionnés ci-dessus n’a rien d’évident), il reconnaît que de mars 2004 à janvier 2007, la hiérarchie tolérait (échanges de mails à l’appui) la prises de positions directionnelles intraday (« spiel ») sur les futures sur indices et sur certaines actions qui sortaient du mandat de Jérôme Kerviel. Il affirme également que le manager avait identifié en juillet 2005 une position overnight non autorisée de 10 ME sur l’action Allianz, qui n’avait pas donné lieu à de sanction.

Ainsi, si la hiérarchie a toléré des positions directionnelles intraday, puis des positions overnight non autorisées, pourquoi n’aurait-elle pas toléré, de la même façon, des prises de positions massives, qui rappelons-le, ont abouti à une plus-value de 1,4 milliards d’euro à la fin 2007 ? Invoquer le manque de compétence de ses équipes de management (chose déjà en soi gravissime pour une société du calibre de la Société Générale !) pour argumenter que la hiérarchie n’était au courant de rien, me semble peu convaincant.

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31 juillet 2008

Jérôme Kerviel change aussi sa com'

confrontation_23_juillet

Nous présentions hier la nouvelle équipe choc d’avocats de Jérôme Kerviel et les changements dans la stratégie de défense de l’ex-trader.

Cette stratégie offensive a été développée et éprouvée lors de la confrontation du 23 juillet avec Christophe Mianné pendant environ quatre heures dans le cabinet de la juge d'instruction Françoise Desset. Rappelons que Christophe Mianné est directeur du département dérivés actions à la SocGen, et donc un des plus hauts responsables (et salaires !) de la banque.

Une nouvelle confrontation est prévue dès le 4 août : il était écrit que l’était serait très chaud !

A noter que cette nouvelle défense s’accompagne d’un changement dans la stratégie de communication : Jérôme Kerviel travaille désormais avec un nouveau conseiller, Patricia Chapelotte. Le résultat ne s’est pas fait attendre : le 23 juillet, Jérôme Kerviel a déjeuné dans un restaurant proche du pôle financier avec ses avocats, cerné de caméras, avant de rejoindre à pied le bureau des juges, toujours accompagné de ses avocats, sous le regard d’une nuée de journalistes… et des conseillers de la Société Générale , venus en force apprécier ce changement. Stratégie people ou volonté de montrer qu’il ne cache rien ? En tous cas, cette image tranche avec l’approche plutôt minimaliste de Christophe Reille.

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30 juillet 2008

Nouvelle stratégie de défense : à l'offensive !

Les choses bougent dans la défense de Jérôme Kerviel ! Après le bâtonnier Christian Charrière-Bournazel, démis de ses fonctions dans des conditions inconnues, c’est au tour de Maître Elisabeth Meyer d’être éconduite par l'ex-trader, alors qu’un autre avocat « historique », Guillaume Selnet, est en discussion avec lui. Pour quel motif ? Nous ne le savons pas encore.

Une équipe de choc, en tous cas par sa dimension, reprend le flambeau de la défense de Jérôme Kerviel. Emmené par Maîtres Bernard Benaiem et Eric Dupond Moretti, avocat pénaliste lillois, cet aréopage est galement composé des avocats Francis Tissot et Caroline Wassermann. Eric Hemmerdinger a lui quitté le navire peu de temps après y être monté. Mise en cause : la stratégie de défense jugée trop mollassonne de Maître Meyer, alors que selon les juges d’instruction Renaud Van Ruymbeke et Françoise Desset, l’enquête pouvait être bouclée d’ici la fin de l’été.

En durcissant sa ligne de défense, la nouvelle « dream team » n’entend pas se faire imposer ce calendrier : pour elle, l’enquête doit se prolonger beaucoup plus longtemps, en particulier pour déterminer le rôle de la banque dans les agissements de Jérôme Kerviel, et démontrer une éventuelle responsabilité partagée, entre « complaisance, ignorance fautive, et complicité par fourniture d'instructions et de moyens » selon Maître Benaiem. Elle cherche également à éclaircir les conditions de la liquidation des positions de Jérôme Kerviel, pendant 3 jours de forte turbulence boursière, qui a abouti à la matérialisation de la perte de 6 milliards d’euros..

Cette stratégie peut se résumer ainsi : si Jérôme Kerviel doit tomber, alors la Société Générale, et les responsables de la banque doivent aussi tomber. Il ne veut pas être un "bouc-émissaire".

Si le ton est en effet plus offensif, on constate toutefois que cette nouvelle stratégie n’apporte rien de plus sur le fond par rapport à ce qui est connu, relayé et largement commenté depuis bien longtemps sur ce blog, à savoir que, comme le montrent les éléments de l’enquête en cours, la responsabilité de la Société Générale apparaît de plus en plus engagée, pour sa négligence coupable voire ses encouragements à peine voilés de pratiques dangereuses. SauvezKerviel a aussi, depuis le début de l’affaire, stigmatisé les conditions précipitées et désastreuses du débouclage des positions de Jérôme Kerviel, par le plus expérimenté des traders de la banque, dans un contexte de krach boursier, qui ont abouti au désastre financier que l’on sait.

On peut d’ailleurs s’étonner que Maître Meyer n’ait pas utilisé ces éléments pour durcir sa défense, et s’étonner encore plus qu’il faille un bataillon de cinq avocats pour arriver à des conclusions qui relèvent du simple bon sens.

Si les nouveaux demandaient des investigations complémentaires et faisaient appel en cas de refus, l'instruction pourrait se prolonger pendant des mois, voire des années.

"Jérôme Kerviel avait le sentiment que tout n'avait pas été dit. L'affaire Société générale n'a pas encore commencé" a résumé Maître Bernard Benaiem, lors d’un point avec la presse ce matin. Il répondait notamment aux commentaires ironiques des conseillers de la banque du 23 juillet. Accompagné de ses collègues Jean Reinhart et François Martineau, Maître Jean Veil avait alors déclaré : "On est surpris, quand quelqu'un affirme qu'il est innocent, de penser qu'il puisse avoir envie que la procédure dure. En général, quand on est dans cette situation et surtout quand on est jeune, on a plutôt envie que la procédure soit brève pour pouvoir retravailler".

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