03 avril 2008
Jérôme Kerviel envisagerait d'attaquer la Société Générale pour licenciement abusif
Le Times rapporte ce matin sur son site internet que Jérôme Kerviel et ses avocats ont porté plainte contre la Société Générale pour licenciement abusif. Cette information est erronnée. En effet, les avocats de Jérôme Kerviel ont uniquement envoyé un courrier de protestation à la Société Générale, menaçant de porter plainte, suite à la lettre de licenciement reçue quelques jours après le placement en détention provisoire du trader, le 8 février.
Aucune plainte n'a pour l'instant été déposée. Dans le cas où les prud'hommes seraient saisis, les 2 angles d'attaque seraient les suivants :
1) La banque n'a pas réussi à prouver la faute, la perte de 5 milliards n'ayant été concrétisées que par les traders de la Société Générale, après la prétendue découverte du pot au roses le 18 janvier, en pleine tourmente boursière.
2) La loi impose un entretien de licenciement entre l'employeur et l'employé. Cet entretien était prévu le 31 janvier à 9 heures au siège de la banque, boulevard Haussmann à Paris, mais Jérôme Kerviel n'a pu s'y présenter, étant soumis à un contrôle judiciaire stricte qui l'empêche de rencontrer un employé de la Société Générale. Le licenciement a été signifié alors que Jérôme Kerviel était en prison. D'un point de vue purement légal, il y aurait donc effectivement un vice de procédure que les avocats tentent d'exploiter.
Cette information confirmerait un point très curieux : Jérôme Kerviel faisait donc encore partie de la Société Générale au moment de sa mise en détention !
Les extraits du Times :
Mr Kerviel and his lawyers are basing their case on two points. The first is that Mr Kerviel’s massive gambles on markets were actually in the black when his bosses stepped in. The losses only occurred when SocGen sought to unwind his gambles. The second relates to a legal technicality. French labour laws force employers to hold face-to-face meetings with employees to outline the case for terminating their work contract. But, as Mr Kerviel’s lawyers point out, the meeting is impossible because Mr Kerviel’s bail conditions forbid him from entering into contact with SocGen staff.
Par ailleurs c'est aujourd'hui que sort le second livre consacré à Jérôme Kerviel : "Le joueur: la chute de l'homme aux 50 milliards d'euros" écrit par Paul-Eric Blanrue et Chris Laffaille. Compte-tenu du pedigree des auteurs (ils ont également écrit l'inutile chef-d'oeuvre "Carla et Nicolas"), on ne donnera pas cher de l'intérêt et de la valeur supposés de cet opus, a priori. Mais attendons, avant de critiquer! Quant au premier livre, "5 milliards partis en fumée" de Pierre-Antoine Delhommais, il fait l'objet d'une critique sur ce site.
Enfin, Jérôme Kerviel a une nouvelle fois été entendu au pôle financier pour une confrontation avec son responsable des marchés, Martial Rouyère.

14 février 2008
Jérôme Kerviel demande sa libération
L'avocate de Jérôme Kerviel a déposé le 13 janvier un pouvoi en cassation pour que Jérôme Kerviel soit remis en liberté pendant l'instruction. Cette demande n'est pas une surprise, puisque celle-ci avait annoncé, dès le jour de la mise en prison, son intention de le faire. Les juges ont un délai de 3 mois pour examiner cette requête... ce qui signifie que Jérôme Kerviel pourrait encore rester 3 mois en prison....
Profitons de cette nouvelle pour protester contre cette mise en détention provisoire, et soutenir Jérôme Kerviel en signant la pétition
29 janvier 2008
Bravo Jérôme !
Dans le monde du sport, il est connu que le meilleur moyen de se défendre, c’est d’attaquer. A la lecture de tes déclarations faites à la Brigade Financière (citées par Mediapart), on peut dire, Jérôme, que tu t’es très bien défendu. Tu attaques fort, très fort, portant à la connaissance du commun des mortels des pratiques stupéfiantes de salles des marchés. Morceaux choisis :
« Je ne peux croire que ma hiérarchie n’avait pas conscience des montants que j’engageais, il est impossible de générer de tels profits avec de petites positions. Ce qui m’amène à dire que lorsque je suis en positif, ma hiérarchie ferme les yeux sur les modalités et les volumes engagés (…) Je reste persuadé qu’ils étaient au courant de mes positions et, en cela, je vous informe de l’existence de plusieurs alertes parvenues à ma hiérarchie .»
Sur la technique du « matelas » utilisées par les traders dissimuler des prises de positions spéculatives : « Cette valorisation dissimulée est au bon vouloir de chacun, au feeling… Cette pratique du matelas est même utilisée par les managers sur le résultat dégagé par leurs équipes (…) Plus l’équipe génère du cash, plus le manager sera financièrement intéressé ».
« Tant que nous gagnons et que cela ne se voit pas trop, que ça arrange, on ne dit rien… » «Pas vu, pas pris. Pris, pendu !».
« Ce qui m’a motivé à passer ces opérations est de différents ordres mais avant toute chose, j’ai en tête de faire gagner de l’argent à ma banque, c’est ma première motivation, en aucun cas m’enrichir personnellement (…) J’avais pris conscience, lors de mon premier entretien en 2005, du fait que j’étais moins bien considéré que les autres au regard de mon cursus universitaire et de mon parcours personnel professionnel. En effet, je ne suis pas arrivé directement au front office (la salle des marchés), je suis passé par le middle office et je suis le seul dans ce cas (…) Pour 2007, j’ai essayé de négocier un bonus de 600 000 euros et Martial Rouyère m’a laissé entendre que je ne pouvais espérer plus de 300 000 euros. Le bonus devait être versé en mars de l’année suivante».
« Les techniques que j’ai utilisées ne sont pas sophistiquées du tout, comme peut le prétendre la presse spécialisée, et à mon sens tout contrôle correctement effectué est à même de déceler ces opérations».
Bravo ! Tout ceci sent à plein nez une rhétorique d’avocat merveilleusement huilée, efficace, et qui a le mérite de tordre le cou aux accusations formulées à ton encontre. La Direction te traite d’ «escroc», tu te présentes comme un rouage d’un système qui ne relève les mauvais agissements de ses éléments que lorsqu’ils lui sont défavorables. On condamne un homme «qui agit seul», et tu soulignes l’accord implicite de ton management. Bouton fustige ton «formidable talent de dissimulateur», tu parles d’une technique simple de dissimulation, répandue dans le milieu et qu’une quelconque procédure de contrôle eût été capable de déceler. On évoque un trader «sans génie», qui a causé la perte de 4,9 milliards d’euro, tu réponds par des performances remarquables susceptibles de te rapporter un bonus substantiel. Enfin, on parle d’un « autiste », avec des «problèmes psychologiques» , et tu démontres par ton discours de la lucidité sur les règles du monde du travail. Avec au passage, une formule choc («Pas vu, pas pris. Pris, pendu !»). Tout y est. Un vrai festival qui réjouit tes aficionados et embarrasse tes anciens chefs qui doivent soudain regretter d’avoir voulu te faire porter l’intégralité du chapeau.
L’erreur fondamentale de la Société Générale fut de se débarrasser de tes « positions frauduleuses » pendant une forte consolidation. Une cession des titres dans un contexte plus favorable auraient peut-être permis de diminuer considérablement le montant de la perte et nous n’aurions jamais entendu parler de l’affaire Kerviel. Mais dès lors que la perte de 5 milliards d’euro était enregistrée, il devenait impossible de la masquer. Et quand bien même la Direction aurait décidé de taire ton nom et traiter ton licenciement de façon confidentielle, ils se seraient probablement trouvé des gens mal intentionnés, écœurés par des bonus partis en fumée par ta faute, pour divulguer ton identité.
28 janvier 2008
Jérôme Kerviel clame son innocence
Jérôme Kerviel a affirmé aux enquêteurs qu’il n’a pas commis de fraude, mais une faute, parce qu’il voulait prouver à sa hiérarchie qu’il pouvait être un bon trader. Nous savons tous la pression que peuvent rencontrer les cadres dans ce genre d’entreprises. La performance est essentielle pour progresser, pour être bien considéré par ses supérieurs, mais aussi par ses collègues. La défense de Jérôme Kerviel est désormais connue : il a fauté en voulant trop bien faire.
Ses avocats, Maîtres Elisabeth Meyer et Christian Charrière-Bournazel, n’ont pas tardé à mener une contre-attaque sévère : ils ont dénoncé "les conditions volontairement précipitées et tout à fait anormales" dans lesquelles la banque "a liquidé des positions qui auraient pu se redresser avec le temps". Ils fustigent le "lynchage médiatique" et accusent Daniel Bouton d'avoir taxé Jérôme Kerviel "de fraude" et de l'avoir "livré aux chiens". Jérôme Kerviel, "qui a été formé par la banque à faire du profit, n'a commis aucune malhonnêteté et n'a pas détourné un seul centime et n'a profité d'aucune manière des biens de la banque. En s'acharnant sur Jérôme Kerviel, la banque croit pouvoir élever un écran de fumée qui détournerait l'attention du public de pertes beaucoup plus substantielles qu'elle a accumulées ces derniers mois, notamment dans l'invraisemblable équipée des subprimes".
Profitons-donc de cette contre-attaque pour apporter notre soutien le plus appuyé à Jérôme Kerviel, et dénoncer les conditions nauséabondes dans lesquelles son nom, sa photo, sa vie, son CV ont été lamentablement dévoilés sur la place publique
Courage Jérôme !
