04 juin 2008
Eric Cordelle à la Société Générale : pauvre chéri !
Le Figaro a publié une interview d’Eric Cordelle, supérieur hiérarchique de Jérôme Kerviel au moment des faits. Comme on pouvait s’y attendre, Eric Cordelle n’y révèle rien de particulièrement nouveau sur l’affaire, et se contente d’évoquer les conditions de son licenciement : le pauvre, après 12 ans de bons et loyaux services, se retrouve dans un placard pendant 4 mois ; pour éviter de retrouver un cadavre dans ses murs, la Société Générale a procédé à son licenciement par une lettre datée du 23 mai, puis lui a bloqué l’accès à l’entreprise.
Pour le reste, cette interview en forme de coup de communication raccoleur lui sert surtout aiguiser ses arguments en vue de l’examen de sa plainte (voir dans les pages de ce blog). Mais Eric Cordelle n’est responsable en rien dans tout ce qui arrive : Jérôme Kerviel était bien trop malin pour lui et il lui était impossible de déceler ses agissements. Il faut dire qu’en bon manager, Eric Cordelle poussait très loin ses investigations avec son trader. Ainsi, il rapporte, un édifiant dialogue, à diffuser dans toutes les écoles de management, alors qu'il s'inquiétait de la trésorerie de Jérôme Kerviel : «Tiens, tu as vu ta trésorerie?» Il m'a répondu: «Oui, c'est réglé. » Bravo Eric, c’est effectivement ce qu’on appelle contrôler et manager !
Mais que l’on se rassure, Eric Cordelle n’est encore en rien responsable de cette négligence coupable : c’est la Société Générale qui a fait l’erreur de mettre au poste de responsable du Desk Delta One une ressource inadaptée: « Quand j'ai été nommé, après cinq années passées à Tokyo en ingénierie financière, j'avais une expérience de management mais pas de trading. Et personne ne m'a donné de «job description ». Je n'avais pas de feuille de route, pas de formation, pas d'informations. Je ne savais pas que Jérôme Kerviel avait un passé. Cela aurait modifié mon attitude. » Bien sûr... nous sommes sur le point de verser quelques larmes de crocodile... Pourtant, ce n’est pas à un brillant diplômé de grande école qu’on l’apprendra qu’avant d’accepter un poste, n’importe quel salarié doit se poser la question de l’adaptation de son profil au poste proposé. On imagine ainsi le dialogue entre Eric Cordelle et son responsable, au moment où celui-ci lui a proposé de prendre en charge la direction du Desk : «Tiens, tu as fait ma feuille de route?» «Oui, c'est réglé. » Mais visiblement, Eric Cordelle n’est pas du genre à creuser les sujets, et à s’embarrasser de questions. Comme il le confesse volontiers à la fin de l’interview : « Je ne suis pas psychologue »
25 avril 2008
Le Parquet requiert l'irrecevabilité de la demande d'Eric Cordelle
Le Parquet de Paris a requis l'irrecevabilité de la constitution de partie civile d'Eric Cordelle, le N+1 de Jérôme Kerviel à la Société Générale. Celui-ci estime, rappelons-le, que sa brillante carrière est entravée par les révélations de l'affaire et en impute donc la responsabilité à son trader. Les arguments du Parquet ne sont pas connus, mais on peut facilement imaginer qu'il n'est pas prêt à verser des larmes pour un brillant polytechnicien, qui, quoi qu'il arrive, n'aura jamais aucune difficulté à trouver un emploi.
Il y a dans cette constitution de partie civile comme une odeur de revanche, de règlement de compte, avec des motivations évidement financières pour l'essentiel. Jérôme Kerviel ayant réalisé en 2007 une plus-value de 55 millions d'euro sur ses opérations, soit plus de la moitié du résultat de son desk Delta One, Eric Cordelle avait négocié un bonus de plus de 500 000 euro en 2007, dont plus de la moitié due aux résultats de Jérôme Kerviel, puisque les plus-values de Jérôme Kerviel impactaient aussi les bonus de ses supérieurs. Même chose pour Martial Rouyère, N+1 d'Eric Cordelle qui avait négocié un bonus de plus de 2 millions d'euro, dont environ 500 000 euro liés aux performances de Jérôme Kerviel.
Avec la révélation de l'affaire, la banque a décidé de ne leur verser aucun bonus au titre de l'année 2007 : on comprend le préjudice colossal subi par ces deux managers responsables... et leur absence de réponse aux 75 alertes internes sur les agissements de Jérôme Kerviel!
21 avril 2008
Sauvez Cordelle après Sauvez Kerviel ?
Eric Cordelle, responsable du desk « Delta One » de la Société Générale auquel appartenait Jérôme Kerviel et témoin clé dans l’enquête, a décidé de se porter civil dans l’affaire de la Société Générale. Il sera défendu par Maîtres Jean-René Farthouat et Marylin Hagège.
Eric Cordelle avance que sa carrière professionnelle a subi un préjudice à cause des agissements de Jérôme Kerviel, qui ne l’auraient pas permis de mener à bien sa mission de contrôle. Lors des différentes auditions avec son trader, il avait notamment affirmé que les écritures comptable passées par Jérôme Kerviel ne lui avaient pas permis de déceler les positions non-autorisées du trader. Jérôme Kerviel, quant à lui, a soutenu que ses prises des positions étaient validées, au moins de façon tacite, tant que ses positions étaient gagnantes. A noter qu’Eric Cordelle est actuellement sous le coup d’une procédure de licenciement à la Société Générale (ainsi que plusieurs autres cadres de la banque), cette procédure étant pour l’instant suspendue aux résultats de l’enquête pénale.
Toutefois, compte tenu de son impressionnant pedigree (trente-six ans, diplômé de l’X et de l’ENSAE) et des sommes qu’il a dû mettre de côté depuis quelques années à la Société Générale, nous n’avons que peu d’inquiétudes à nous faire sur l’avenir de ce jeune loup, y compris s’il ne touche pas le pactole escompté lors de la procédure judiciaire.