06 août 2008
BD : Le Journal de Jérôme Kerviel
Le 8 septembre paraîtra chez Thomas Edition la première BD sur l'histoire, narrée à la première personne sur 40 pages, de l'ex-trader le plus célèbre de France, «le journal de Jérôme Kerviel». Ecrite par Lorentz et dessiné par Nicolas Million, elle devrait être tiré à 5.000 exemplaires.
Les 2 premières pages de cet ouvrage semblent démontrer une verve plutôt lourdingue et poussive. Surtout, on a du mal à comprendre le comportement de chacal de ses auteurs, qui consiste à faire du spectacle (et de l'argent) sur une affaire qui n'a pas encore été jugée, et dont l'enquête même est encore en cours.
12 juillet 2008
Trader : L'affaire Kerviel ou la folie du système financier - Une lecture utile
Critique d'un des fidèles lecteurs du blog, Vincent, que je remercie beaucoup !
A l'opposé d'un "coup" journalistique, « Trader : L'affaire Kerviel ou la folie du système financier » de William Emmanuel (Editions du Toucan), consacré à l'affaire Kerviel rappelle les événements sans sensationnalisme et défend un point de vue très engagé et basé sur une connaissance des faits approfondie.
Le récit au jour le jour de l'affaire Kerviel est haletant, je n'ai réussi à fermer le livre que parce que... mon train arrivait à destination ! L'auteur base ce récit à la fois sur des entretiens personnels et des articles de journaux. Il rappelle l'arrière-plan sociologique, sans lequel on ne comprend rien à l'affaire : issu de l'université et d'un milieu relativement modeste, employé au départ dans le middle-office, Jérôme Kerviel appartenait à une sorte de prolétariat de la salle de marché dominée par des gens issus des grandes écoles et d'extraction middle-class. Le désir d'être reconnu, une sorte de rébellion individualiste, explique sans doute en bonne partie son attitude.
La thèse de fond du livre ressemble à celle du blog SauvezKerviel à savoir que la fuite en avant de Jérôme – et en fin de compte, sa faute - n'ont pu exister que dans un contexte qui les favorisait au moins de façon implicite. Et ce "contexte", c'est la politique de la Société Générale qui, basée sur une recherche du profit maximal, avait tendance à privilégier les activités les plus risquées et à tenir les contrôles pour quantité négligeable. Un peu comme si à force de vouloir aller le plus vite possible dans le rallye auquel elle participe, une écurie automobile négligeait de vérifier la pression des pneus au moment du départ, puis reprochait la chose au mécanicien le lendemain de l’accident…
Le cabinet d’avocats new-yorkais qui a engagé une action collective contre la Société Générale affirme d’ailleurs dans sa plainte : « La Société générale a laissé fleurir une culture du risque qui s’est révélée contraire aux intérêts de ses actions » (cité p. 113). Qu’en termes simple et précis ces choses-là sont dites…
Le sous-titre du livre montre cependant que son but dépasse la simple critique d’une politique d’entreprise : "L'affaire Kerviel ou la folie du système financier" ; c'est moi qui souligne le "ou" car c'est un "ou" d'équivalence : oui, l'affaire Kerviel est la folie des marchés, pris de façon globale.
L'épilogue rappelle le caractère délirant de cette bulle financière qui plane au dessus de nous, de ces produits financiers de plus en plus sophistiqués, auxquels même les agences de régulation et les banques centrales semblent ne pas tout comprendre, et qui menacent notre avenir économique et au-delà, notre avenir tout court.
Par exemple, les actions échangées annuellement dans le monde ont représenté 840 milliards de dollars en 1980 et69 800 milliards en 2006, soit une multiplication par… 80 en 26 ans. L’encours global des produits financiers dérivés se monte aujourd’hui à 45 000 milliards de dollars (chiffres cités p. 24 et 125, respectivement) ! Le livre se conclut par un souhait, que nos dirigeants reconnectent le monde financier avec l’économie réelle.
Par ailleurs, l’auteur consacre un chapitre entier à l'histoire de la Société Générale, comparée à une « vieille dame », comme la Juventus de Turin en Italie ! L’auteur en retrace ainsi les grandes étapes, depuis sa fondation sous le Second Empire à aujourd'hui, en passant par les emprunts russes, la période de l’après-guerre et la nationalisation, puis en 1987 la privatisation et ses "noyaux durs", et les rapports tumultueux avec la BNP. Ce flash-back historique constitue une valeur supplémentaire peu commune dans un livre journalistique.
Albert Londres disait que le travail du journaliste était de porter le couteau là où ça fait mal. A mon sens, c’est exactement ce que fait William Emmanuel. C'est pourquoi « Trader : l'affaire Kerviel ou la folie du système financier » est une lecture à conseiller.
08 juillet 2008
Fraude à la Société Générale : les incohérences de l'été 2007
Le rapport intermédiaire du Comité Spécial du Conseil d'administration du 20 février 2008 permettait de comprendre que le résultat latent de Jérôme Kerviel était une perte d'environ 2 milliards d'euros. Cette perte aurait été dissimulée par des opérations fictives. De mars à juin 2007, le trader aurait en effet constitué une position vendeuse sur le future DAX d'un montant proche de 30 milliards d'euros, perdante au 30 juin 2007. Cette situation comporte plusieurs incidences, non des moindres.
D'abord, il en résulte que les comptes semestriels publiés par la Société Générale étaient faux de 2 milliards d'euros.
Même si la revue semestrielle des commissaires aux comptes, Ernst & Young et Deloitte Touche en l'occurrence est théoriquement limitée, le mécanisme qui semble avoir permis au trader de dissimuler la perte latente montre des lacunes dans le processus d'établissement des états financiers. En effet, il semble, à la lecture des rapports du Comité Spécial, que de faux mails ont servi à justifier la réalité de forwards fictifs, alors que les montants en jeu sont colossaux. Une procédure plus rigoureuse de confirmation externe aurait pu par exemple éviter une telle facilité de dissimulation.
Dans ces conditions, alors que le Directeur Financier, Frédéric Oudéa porte une responsabilité dans la pertinence des états financiers, on comprend mal comment ce dernier a pu être promu Directeur Général. Le processus de découverte de la fraude en janvier 2008 aurait dû également fonctionner au 30 juin 2007, s'agissant des calculs réglementaires de solvabilité.
Ensuite, le mécanisme de fonctionnement des appels de marge de la chambre de compensation à Eurex (sur laquelle les futures DAX sont échangés) a pour conséquence que les appels de marge cumulés au 30 juin 2007 s'élevaient à près de 2 milliards d'euros, trésorerie déboursée dont le montant pour le moins gigantesque serait passé inaperçu à la Société Générale. La Société Générale a indiqué de manière permanente que les appels de marge liés aux positions de Jérôme Kerviel étaient noyés dans ceux de la Société Générale. A la fin de l'été 2007, l'éclatement de la crise des subprimes permet à Jérôme Kerviel de déboucler ses positions favorablement, en générant un bénéfice réel de près de 500 millions d'euros.
Dernier point, le rapport définitif du Comité Spécial rendu public fin mai 2008 permet de soulever une contradiction manifeste. La courbe des appels de marge cumulés de Jérôme Kerviel, qui coïncide d'ailleurs logiquement avec celle de sa courbe de résultat, montre une remontée brutale d'environ 2 milliards d'euros, fin juillet 2007, sur une quinzaine de jours. La remontée rapide du DAX explique cette évolution. Pourtant, la courbe des appels de marge cumulés de la Société Générale, qui inclue celle du trader (la comparaison des deux courbes permettait aux enquêteurs de l'Inspection Générale de montrer l'absence de corrélation entre les appels de marge du trader et ceux de la Société), reste à peu près stable. Sauf que pour que la courbe de la Société Générale reste stable, il faut que la contribution sur la courte période de la Société Générale hors JK soit elle négative de 2 milliards d'euros ! En quinze jours, les appels de marge cumulés versés par la Société Générale hors Jérôme Kerviel à FIMAT Francfort augmentent donc de près de 2 milliards d'euros. Qu'est-ce qui a pu générer une telle sortie de cash ? Quelles positions prises par la Société Générale ont pu être autant impactées par la chute du DAX sur cette période ? La Société Générale a pourtant toujours affirmé ne pas prendre de risques à hauteur de ce que le trader avait pris.
Article rédigé par Olivier Fluke, auteur du livre "Fraude à la Société Générale ? Compléments d'enquête." (disponible sur Amazon.fr)
Le blog de l'auteur http://olivierfluke.canalblog.com/
21 juin 2008
L'homme qui valait 5 milliards - tout ça pour ça !!
Le 19 juin est sorti un nouveau livre sur l’affaire de la Société Générale, écrit par Mélanie Delattre, journaliste du Point et Emmanuel Lévy, journaliste de Marianne, et intitulé «L’homme qui valait 5 milliards, Quand le capitalisme financier devient fou».
Le pitch du livre annonce fièrement que, en plus de compiler les différents éléments de l’affaire, les journalistes ont mené une vraie enquête, jusqu’à rencontrer les principaux protagonistes de l’affaire, dont le principal intéressé, Jérôme Kerviel.
Comme l’indique le sous-titre, il s’agit donc d’une démarche d’investigation qui ne s’attache pas à la personnalité seule du trader, mais à une description du contexte du monde du trading qui explique pour tout ou partie qu’un employé presque modèle ait pu prendre des positions qui allaient au-delà de ses autorisations, avec l’assentiment tacite de sa hiérarchie, et que le débouclage de ses positions par les traders de la banque aient engendré la catastrophe que l’on sait.
Tout ça pour ça pourrait-on dire à la lecture de cet ouvrage ! Car si ce livre s’appuie sur des éléments précis et documentés, il n’apporte hélas rien de bien nouveau par rapport à ce que nous savions déjà tous, pour peu que nous ayons pris la peine de suivre l’actualité de l’affaire au jour le jour. La rencontre avec Jérôme Kerviel, médiatiquement intéressante, n’a pas permis aux journalistes d’éclairer l’affaire sous un nouveau jour. Les entretiens avec des traders n’ont pas servi non plus à apporter des points de vue différents. Un nouveau coup de marketing et de communication, bien orchestré, mais qui risque bien vite de faire "pschittt"!
Seul un élément nouveau, savoureux certes, vient corroborer ce que nous savions déjà, à savoir que Jérôme Kerviel était considéré en interne comme un bon trader, et que sa réputation avait commencé à dépasser les murs de la tour de la Société Générale à la Défense. Ainsi les journalistes racontent que Jérôme Kerviel avait été chassé par la Deutsche Bank à la fin de l’année 2007, mais que la Société Générale avait agi de façon à garder son futur bourreau parmi les siens. Cet épisode montre ainsi pourquoi, obnubilée par l’appart du gain, la banque a fait fi des 75 alertes du contrôle interne qui la mettaient en garde contre les agissements de son trader vedette. Extraits du livre :
«Son nom commence à circuler dans les salles de marché de la concurrence. Il est le trader dont le book recèle en effet une ressource rare : 1,4 milliard cash. Il commence même à attirer, suprême reconnaissance, l’attention des chasseurs de tête…La banque allemande, lui fait alors miroiter une promotion, un poste sur les forward trading. Il passe des entretiens. Mais en interne, à la Société Générale, on n’a aucune envie de voir «Monsieur 1,4 milliard d’euros» s’en aller. Pierre-Yves Morlat, le chef du trading dérivés actions de la Générale, le retient donc par la manche. Le «petit gars» de Lyon II (L’université où Kerviel a fait ses études d’informatique) a tout de même réalisé 55 millions de résultats…Si les 1500 traders du front office faisaient aussi bien que Jérôme Kerviel, la banque ne cracherait pas 5 milliards de résultats, mais 16 fois plus, 85 milliards !».
Toutefois, les journalistes ne mènent pas leur analyse jusqu'au bout, à savoir qu'il n'y a pas de quoi s’extasier devant cette tentative de débauchage : moyen de recrutement privilégié dans la catégorie Cadres Supérieur, il s’agit d’une pratique courante qui ne révèle pas nécessairement une aura particulière de Jérôme Kerviel dans le monde du trading : il se peut juste que le nom de Jérôme Kerviel ait été communiqué par un de ses collègues à un chasseur de tête, événement qui se produit chaque jour des centaines de fois pour des centaines de clients. Quant au calcul de la Société Générale sur le 85 milliards, imaginé par les auteurs, c'est une plaisanterie et ça ne peut que susciter ricanement de ma part !
16 mars 2008
« 5 milliards partis en fumée » de Pierre-Antoine Delhommais : un livre inutile et pitoyable

Dans l’affaire de la Société Générale, les medias en quête de sensationnel se sont lancés dans une « chasse au scoop » visant à dénicher les éléments les plus racoleurs, susceptibles de faire vendre. Dans cette course de vitesse, le suspense était total pour savoir quel serait le premier livre à faire les choux gras d’un auteur à la recherche d’argent facile. L’heureux gagnant est Pierre-Antoine Delhommais, chef adjoint du service économique du monde, auteur de « 5 milliards partis en fumée – Les dessous du scandale de la Société Générale».
Disons-le tout net : écrit en deux semaines, pour couper l’herbe sous le pied à des concurrents, cet ouvrage, dans la lignée de tout ce qui a été écrit jusqu’à présent, a beaucoup de mal à voler haut. L’auteur se contente d’assembler des éléments d’un puzzle largement diffusés dans les medias, et contribue à alimenter le lynchage public de Jérôme Kerviel, en le présentant comme seul coupable, alors que la justice n'a pas fini son enquête. Notamment, aucun pointage du doigt des déficiences gravissimes des systèmes de contrôle de la Société Générale.
Déjà, le « pitch » du livre sur le site Fnac.com sidère par son mépris de la présomption d’innocence : « 4,9 milliards d’euros. C’est le montant astronomique que Jérôme Kerviel, un trader de 31 ans, a fait perdre à la Société générale, dans des opérations frauduleuses sur les marchés boursiers européens…La plus grande fraude de l’histoire sur les marchés financiers commence le samedi 19 janvier 2008, quand les dirigeants de la banque découvrent, effarés, que ce jeune Breton discret, sans histoire, sympathique, est parvenu à déjouer tous les systèmes de contrôle et à dissimuler pendant un an ses gigantesques paris »
Le contenu du livre de Pierre-Antoine Delhommais indigne tout autant, et étonne par l'absence d’éléments nouveaux et la faiblesse de son contenu analytique. Il s’agit en fait d’une relation un peu poussive des événements, qui ne prend en compte que le seul point de vue de la Société Générale, façon comme une autre d’accabler un peu plus le trader. Mais cette prose bâclée fait surtout ressortir, à son corps défendant, les faiblesses de la banque et la candeur de ses dirigeants qui découvrent, tels des jouvenceaux du métier, l’insuffisance de leurs systèmes de sécurité.
« Samedi 19 janvier, 16h20. Jean-Pierre Mustier, le patron des activités de marché de la Société générale, téléphone à Daniel Bouton, le président de la banque. Il lui demande s'il peut passer le voir dans son bureau, au trente-cinquième étage de la tour de la Défense. "Il y a un problème d'opérations dissimulées", lui annonce-t-il, livide. Daniel Bouton, occupé à préparer le conseil d'administration exceptionnel du dimanche soir, qui doit entériner des pertes imprévues de 2 milliards d'euros subies sur les subprimes, blêmit à son tour. »
Ainsi, lorsque la Direction apprend l’ampleur des positions de Jérôme Kerviel, Daniel Bouton doit déjà communiquer sur 2 milliards de pertes liées aux subprimes. Delhommais oublie d’ailleurs de mentionner ces pertes dans les montants astronomiques « partis en fumée ». Quant à l’adjectif « imprévues » pour les qualifier, il est simplement ridicule : les banques savaient depuis près d’un an qu’elles auraient à annoncer des pertes catastrophiques à cause des crédits à risque. On se demande alors à quel moment Daniel Bouton a eu l’idée du lynchage sur la place publique de Jérôme Kerviel pour faire avaler plus facilement la couleuvre des subprimes.
Au passage, l’auteur en profite pour dévaloriser Jérôme Kerviel : « Personne, parmi les dirigeants de la salle présents ne croit un traître mot de cette histoire de martingale. Tous sont des mathématiciens de très haut niveau, diplômés de Polytechnique ou de Centrale, pour qui le trading n'est pas un jeu mais une science, qui se pratique à coups d'équations complexes. Les marchés, pour eux, sont le contraire d'un casino. Que Jérôme Kerviel, sorti d'une université de second rang, ait découvert un moyen de gagner à tous les coups sur les marchés est donc, à leur yeux, doublement inconcevable. » Pourtant, ce commentaire lapidaire cache mal une défaillance extrême dans le processus de recrutement et d’avancement à la Société Générale, qui met de l’argent entre les mains de personnes qu’elle estime incapables, parce que n’appartenant pas à cette caste des diplômés de Grandes Ecoles.
En tous cas, pour Delhommais, il est clair, même si l'enquête est en cours, que Jérôme Kerviel est le seul responsable, et sa hiérarchie blanche comme neige : « À l'aube, la cellule de crise a mis au jour l'inimaginable. Jérôme Kerviel a pris tout au long de l'année 2007 des positions spéculatives pures, directionnelles, de plus en plus grosses, sur les contrats à terme d'indices boursiers européens ». En revanche, aucune mention que ces doux agneaux innocents auraient dû se poser les mêmes questions lorsque Jérôme Kerviel avait dégagé une plus-value de 1,5 milliards d’euro en 2007, impossible avec la seule exposition maximale autorisée pour les arbitragistes sur les Warrants qu'était Jérôme Kerviel.
Enfin, concernant le fait que la Société Générale a débouclé les positions de Jérôme Kerviel en toute hâte et dans les pires conditions de marché, entraînant les bourses mondiales d’une grosse correction vers un krach, l’auteur le balaye de quelques coups de stylos : « Après avoir consulté ses principaux adjoints, Daniel Bouton prend lui-même la décision : déboucler cette énorme position dans les plus brefs délais, c'est-à-dire en commençant dès le lendemain matin, lundi 21 janvier (…)Les patrons de la salle décident de confier à un seul trader le soin de liquider l'ensemble de la position, afin d'éviter toute fuite. Il n'est pas choisi au hasard. C'est le plus expérimenté, le plus habitué à intervenir sur de très gros volumes (...) C'est ce trader vedette, "expert de chez expert", selon la formule d'un responsable de la salle, qui va, durant trois jours, et dans le plus grand secret, faire le sale boulot, liquider, dans des conditions de marché épouvantables, la position que lui a léguée Jérôme Kerviel. En subissant, sans que son talent puisse rien y changer, des pertes colossales ». Ouf ! Nous avions eu peur ! Il reste donc dans cette Société Générale, des gens capables de rattraper les bourdes de leurs collègues incompétents. Et en bon avocat de la Société Générale, Delhommais sous-entend que si la banque n’avait pas fait appel à son sauveur et géré parfaitement cette crise, elle aurait perdu encore plus. Ce point de vue partial est à l’opposé de ce que doit être un travail d’investigation et d’analyse d’un bon journaliste.
10 mars 2008
Jérôme Kerviel star des librairies
Le site internet du magazine professionnel Livres Hebdo annonce la parution imminente de 4 livres sur Jérôme Kerviel et l'affaire de la Société Générale :
- Le 13 mars, au Seuil : "5 milliards en fumée: les dessous du scandale de la Société générale" (par Pierre-Antoine Delhommais, journaliste au Monde)
- Le 3 avril chez Scali, "Le joueur: la chute de l'homme aux 50milliards d'euros" (par Paul-Eric Blanrue et Chris Laffaille, les auteurs de "Carla et Nicolas")
- Le 2 mai chez Albin Michel "Les 7 scandales de la Générale" (par Airy Routier rédacteur en chef du Nouvel Observateur)
- Le 5 juin, chez First, "L'homme qui valait 5 milliards" (par Mélanie Delattre et Emmanuel Lévy, journalistes respectivement au Point et à Marianne)
La lecture seule des titres de ces livres et de leurs auteurs démontre l'objectif à peine voilé de cette démarche : faire du sensationnel et de l'argent sur le dos de quelqu'un, sans se soucier de la pression médiatique que cela peut représenter pour un jeune homme de 31 ans. Nous pouvons parier dès aujourd'hui qu'aucun de ces livres ne s'indignera de l'odieux lynchage médiatique dont a été victime le trader, et du non-respect de la présomption d'innocence.





