SauvezKerviel : site sur l'affaire de la Société Générale

L'affaire Jérôme Kerviel et son lynchage médiatique sans précédent...

28 novembre 2008

Confrontation Kerviel / Bouton ? Non!!

*       Jérôme Kerviel est confronté ce matin au directeur des affaires juridiques de la Socgen, Gérard Gardella.

Ancien juge d'instruction à Versailles et magistrat à la direction des affaires criminelles et des grâces dans les années 80, Gérard Gardella travaille pour la SocGen depuis 1992. Il est considéré comme l'un des spécialistes des risques en matière pénale et boursières.

Cette audition fait suite à une demande des avocats du trader d’être confronté à la « personne morale » de la banque, Daniel Bouton. Mais la Socgen a donc choisi de se faire représenter par M. Gardella. Une confrontation pour rien ?

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20 novembre 2008

Vers la fin de l'instruction ?

Le Figaro.fr rapportait le vendredi 14 novembre que Jérôme Kerviel était convoqué les 17 et 19 novembre dans les bureaux des juges Van Ruymbeke et Desset, mais aussi que le dossier pourrait être clos par les juges d'instruction à court terme et renvoyé devant un tribunal correctionnel, pour un procès qui réunirait Jérôme Kerviel et son assistant Thomas Mougard face à la Socgen, partie civile.

Retenons 2 choses de cette information. Tout d'abord que le tribunal correctionnel est le tribunal compétent pour les faits graves, ce qui signifierait une complication de la suite des événements pour Jérôme Kerviel. Curieusement, les auditions des 17 et 19 novembre n'ont donné lieu à aucun commentaire (en tous cas publics), ni de la banque, ni de la défense de Jérôme Kerviel. Mais il est vrai qu'en ces temps où l'actualité est copieusement fournie (élection de Barck Obama, élection du premier secrétaire du Parti Socialiste, mais surtout crise financière et économique avec ses effets sur le secteur automobile, etc.), les parties en présence ne jugent pas utile de gaspiller des munitions avec des discours et des arguments qui ne seraient que très peu audibles.

Deuxième remarque, la comparution de Thomas Mougard devant le tribunal correctionnel me semble incongrue, pour ne pas dire scandaleuse ! Excepté si l'enquête avait démontré des signes tangibles de complicité active, et non de simple obéissance à un supérieur hiérarchique, on ne voit pas ce que Thomas Mougard vient faire dans cette galère. Voici d'ailleurs ce que SauvezKerviel écrivait le 4 août à ce sujet :

"Deuxième mise en examen dans l'affaire de la Société Générale. C'est maintenant au tour de l'assistant de Jérôme Kerviel, Thomas Mougard, de connaître ce sort, suite à la demande du Parquet du 2 juillet dernier. Il a été mis en examen vendredi 1er août pour complicité du délit "par aide ou assistance, d'introduction frauduleuse de données dans un système informatique. Mais il n'a pas été placé sous contrôle judiciaire. Les juges lui reprochent "d'avoir aidé sciemment Jérôme Kerviel à saisir des opérations fictives"

Ainsi, obéir à son supérieur hiérarchique, de peur d'avoir une mauvaise évaluation en fin d'année est synonyme de complicité pour les juges ! Ces personnes devraient de temps en temps faire un tour dans l'entreprise pour comprendre comment fonctionnent les rouages d'une hiérarchie, en particulier lorsqu'un subalterne se doit d'obtempérer à une exigence de son supérieur sans parfois saisir la portée de ses actions.

Car on imagine vraiment mal Thomas Mougard, 24 ans, participer de façon active, délibérée à des transations non autorisées. Il n'a fait que relayer dans le système un ordre donné par un supérieur hiérarchique. Pas de quoi mériter une mise en examen... à moins que les juges estiment que la juste façon de faire eût été de dénoncer son n+1 à son n+2 : mais là encore, les juges devraient savoir que ces pratiques n'existent pas dans une entreprise !!"

Tapez sur les lampistes, vous épargnerez les vrais responsables !!

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12 novembre 2008

Après l'Ecureuil, Natixis?

Les jours se suivent et se ressemblent pour les banques françaises : après la Caisse d'Epargne et les aventures malheureuses de Boris Picano-Nacci, c'est au tour de Natixis de faire l'objet, ce matin, d'une rumeur de perte de trading sur le mois d'octobre de près de 1 milliard d'euro, sur ses activités de "compte propre". La banque a dans la matinée démenti ce montant, annonçant que la perte n'était "que" de 250 millions. Un démenti qui ne semble pas pour le moment convaincre les investisseurs puisque le titre Natixis chute de 10% à la bourse de Paris, dans un marché à l'équilibre.

Ce montant de 250 millions, qui aurait fait frémir en d'autres temps, apparaît aujourd'hui comme une broutille... il en faudrait peu pour que les dirigeants de Natixis annoncent cela fièrement comme une bonne performance en ces temps boursiers calamiteux !

Si les conditions de cette perte ne sont pas encore connus (combien de traders impliqués? quel rôle de la hiérarchie voire de la Direction de la banque?...), on peut quand même dire que son montant est très important, en particulier compte tenu de la situation financière désastreuse de Natixis, sauvée du naufrage d'un pet de nonne. La suite des événéments nous dira si Natixis a subi la folie irresponsable d'un ou plusieurs de ses traders.

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01 novembre 2008

Boris Picano-Nacci et Jérôme Kerviel : 2 poids et 2 mesures!

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Boris Picano-Nacci, le trader de la Caisse d'Epargne de 33 ans (son profil Viadeo annonce toujours Trading Compte Propre, Caisse Nationale des Caisses d'Epargnes) à qui il est reproché d'avoir pris des positions spéculatives non autorisées qui ont abouti à une perte de 700 millions d'euro, a été mis en examen par la juge Xavière Siméoni le 30 octobre pour « abus de confiance » et placé sous contrôle judiciaire, après avoir été entendu près de 40 heures par la Brigade Financière.

L'affaire ressemble en de nombreux points à celle de la Société Générale mais le traitement accordé à Boris Picano-Nacci n'a rien à voir avec celui auquel a eu droit Jérôme Kerviel : pas de lynchage médiatique en règle, pas d'affichage de sa photo à la Une de tous les journaux, pas de traitement de tous les noms d'oiseaux (terroriste, formidable manipulateur, etc...). Même le nom de l'infortuné trader a mis du temps à être divulgué, alors que seule l'initiale de son nom était mentionnée au départ : il semble que les dirigeants de la Caisse d'Epargne aient tenu compte de l'expérience malheureuse de la SocGen, et de sa désastreuse campagne de communication lors de la révélation de l’affaire. D’ailleurs, la banque prévient : « Nous n’avons pas l’intention de jouer le jeu de la victimisation avec le trader, ni de le déstabiliser ». Et vlan dans les gencives Daniel Bouton ! Et pan dans le ventre de la Générale !

Similarité des événements, et ébahissement des « gens d’en bas » qui découvrent médusés que le monde de la banque ne se limite pas au compte courant, au Livret A et au placement de père de famille. Dans un marché boursier devenu fou, secoué par une volatilité historique et hystérique, alors que les banques étaient à cours de liquidités et obligées, o sacrilège capitalistique, d’accepter la manne céleste d’états providence déjà largement endettés, ils se sont donc trouvés quelques traders aventureux qui ont continué à « jouer » des sommes folles avec un argent qui ne leur appartenait pas.

Mais pour un Boris Picano-Nacci qui se fait prendre, combien passent au travers des gouttes ?

La nature a horreur du vide et les média ont horreur de l’absence d’informations croustillantes. Ainsi le pedigree de ce jeune loup de la finance, passé en quelques jours de l’énigmatique Boris P. à l’exotique Boris Picano-Nacci, n’a pas tardé à être dévoilé. Ce qui n’a pas manqué d’établir certains parallèles avec Jérôme Kerviel, entre points de convergence et différences.

Le nom tout d’abord : alors que Jérôme Kerviel nous avait transporté en pays bigouden avec un nom fleurant bon la crêpe au salidou et la bolée d’Armorique, Boris Picano-Nacci n’est pas sans évoquer un régionalisme maquisard aux lointains parfums slaves, même si la famille du trader est rhodanienne. Et on peut se demander si on verra se manifester chez nos amis de l’île de Beauté un esprit de corps aussi fort et solidaire que chez nos maîtres de galettes au sarrasin.

L’âge ensuite : 31 ans, 33 ans… et cette question lancinante : omment, malgré l’affaire de la SocGen, malgré le désastre des Subprimes, malgré le précipice devant lequel elles se trouvent, les banques continuent-elles à faire manipuler des sommes folles par des gamins, et mettre le système financier déjà exsangue, à genoux, dans une situation de péril encore plus grand ? Le plan Paulson, et les autres plans de sauvetages, s’ils ont permis d’éviter une catastrophe planétaire, n’ont visiblement pas servi de leçon à un monde capitaliste décidément devenu fou.

Le parcours professionnel aussi : si Jérôme avec son diplôme de l’Université de Nantes nourrissait un certain complexe d’infériorité et un désir de revanche face à ses collègues issus des Grandes Ecoles de France, Boris, lui aussi universitaire, a suivi un parcours plus « classique » et météorique dans le monde des salles de marchés : en 2001, diplôme de l’Université de Paris 1 Panthéon Sorbonne et un mémoire consacré au « Processus de Lévy et modélisation financière ». Dans la classe de Patrice Poncet, professeur à l’Essec et consultant à la Socgen, il apprend notamment à démêler des algorithmes de programmation ; puis embauche la même année par la Caisse d’Epargne comme assistant trader qui débouche rapidement sur un poste de trader. Parallèlement, Boris s’inscrit en thèse sur les « mathématiques appliquées à la valorisation des produits dérivés » à l’école doctorale de décision informatique-mathématique-organisation de Paris Dauphine. Parcours sans faute donc d’un trader qui n’avait rien à prouver, donnait des cours en licence à Dauphine dans la filière informatique et mathématiques, et animait un TD d’introduction à la finance.

La personne enfin : Jérôme, avec ses airs éloignés de Tom Cruise, était décrit par son entourage comme un jeune homme gentil et réservé, vivant à Neuily. Boris serait plutôt du style « sympa » avec des airs de Monsieur tout le monde et logeant dans le Val-d’Oise.

Voilà voilà... Reste que ledit Boris n’a pas repensé à l’affaire de la SocGen lorsqu’il a pris ses positions spéculatives, dans un contexte de folie boursière exceptionnel. A partir du 15 septembre, Boris Picano-Nacci parie sur un renversement à la hausse des marchés alors que les marchés ont dévissé de 7% la semaine précédente. On le sait, les marchés se sont affolés et ont plongé dans des proportions jamais vues depuis près de vingt ans. Boris Picano-Nacci a ensuite tenté de dissimuler ses pertes abyssales par des déclarations rassurantes et mensongères. Sa hiérarchie a également « couvert » ses pertes jusqu’à ce que cela devienne intenable.

Bon et bien, moi, c’est là que je m’insurge !! Quelle stupidité ! Quel manque de lucidité, de bon sens !! Avec les subprimes, la faillite de Lehman et le cataclysme financier qui éclatait en plein jour, la défiance des banques entre-elles agitant le spectre d’une crise de liquidités, la récession économique qui montrait des signes de plus en plus tangibles de son installation, comment pouvait-on imaginer que la bourse se contenterait d’une baisse de 7% ? A quoi cela sert de faire de belles études et des thèses dont nous ne comprenons même pas le titre, de toucher des sommes immenses en bonus de fin d’année, s’il s’agit ensuite de faire preuve d’une telle bêtise, d’une telle incompréhension des mécanismes économiques et financiers les plus élémentaires ?

Monsieur Boris Picano-Nacci, si vous étiez sorti de votre bulle douillette de salle de marchés, vous vous seriez peut-être rendu compte du désastre économique que connait le monde aujourd’hui. Vous auriez « joué » une poursuite de la baisse des marchés, auriez engrangé de substantielles plus-values et fait la joie de votre hiérarchie et de votre compte en banque alors que des millions de foyers américains ont perdu leur logement. Mais hélas, tout ne fonctionne pas parfois comme on le souhaite : vous apprendrez peut-être ainsi ce qu’est une crise ?

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20 octobre 2008

Audition du trader de la Société Générale

socgen

Maxime Kahn, patron du desk "Arbitrage" et secrétaire général d'une filiale de la Socgen, SGOE (SG options europe), le trader "super star", le plus expérimenté de tous selon Daniel Bouton, qui a débouclé les positions de Jérôme Kerviel entre les 21 et 23 janvier, a été entendu le 16 octobre par les Juges d'instruction (soit 3 jours après l'audition des Commissaires aux Comptes, où la défense a tenté de démontrer des irrégularités dans la comptabilité de la banque, prouvant que la hiérarchie approuvait les positions du Jérôme Kerviel).

Cette audition de Maxime Kahn faisait suite aux demandes répétées de la défense de Jérôme Kerviel. En question : le moment où l'intégralité de ces positions auraient été débouclées. La banque a toujours mentionné que l'opération avait eu lieu en 3 jours, en pleine tempête boursière. La défense de Jérôme Kerviel voudrait s'assurer de la véracité de cette information, soupçonnant peut-être que le débouclage ait pu se terminer les jours qui suivaient, c'est-à-dire, alors que le marché se reprenait un peu. La défense se demande également si la Socgen n'aurait pas profité de cette affaire pour liquider des positions pourries (titres Subprimes) autres que celles de Jérôme Kerviel, et faire une sorte de "package global". D'ailleurs, rapidement, Maxime Kahn a effectué ses débouclages dans un bureau isolé, sans qu'il puisse être vu. Auquel cas, le montant du préjudice annoncé (5 milliards d'euro) pourrait être inférieur.

A noter que Maxime Kahn, 37 ans, est diplômé de l'École Centrale de Nantes (ville d'ailleurs où Jérôme Kerviel a fait ses études, c'est étrange parfois comme les destins se croisent !). Du fait de ses fonctions, Maxime Kahn ne tradait pratiquement plus.

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17 octobre 2008

Après la Société Générale, l'Ecureuil !!

ecureuil

Alors que la défense de Jérôme Kerviel s'attache à démontrer l'accord de sa hiérarchie dans ses prises de positions qui dépassaient les limites autorisées, la nouvelle affaire de la Caisse d'Epargne l'Ecureuil leur apporte de l'eau au moulin quant aux pratiques couramment répandues dans les salles de marché.

Ainsi, l'Ecureuil a annoncé aujourd'hui une perte de 600 millions d'euro alors qu'une équipe de 5 ou 6 traders avaient outrepassé les limites de leur mandat en prenant des positions non autorisées, qui ont été débouclées dans la semaine du 6 octobre, c'est-à-dire en plein krach boursier. Les événements ressemblent étrangement à ceux de la Générale, et il semble que les traders de l'Ecureuil n'aient rien appris, ni de l'affaire de la Générale, ni de la crise des Subprimes, en prenant des risques inconsidérés sur les produits dérivés dans une période de folie boursière.

Comble du mépris de la direction de l'Ecureuil pour ses clients, la banque présente cette grosse boulette comme un «incident de marché» qui s'explique par « l'extrême volatilité des marchés et du krach boursier de la semaine du 6 octobre».

On croit rêver!!!! Mais non, ce ne sont pas les pauvres traders (et leur hiérarchie) de la banque qui sont responsables de ce gouffre, mais les vilaines conditions du marché, qui, horreur! empêchent des incompétents de gagner beaucoup d'argent facilement. Alors que tous les dirigeants de la planète prônent un capitalisme responsable, que la banque Lehman Brothers a été sacrifiée pour l'exemple (provoquant d'ailleurs une débâcle financière encore plus grande!), que les contribuables du monde entier vont payer pendant des années la facture des plans Paulson et consors, des brillants traders continuent de flamber l'argent, comme si la crise de liquidités n'était pas assez grave.

L'Ecureil a beau avoir déclaré que des sanctions ont été prises, on se rend aujourd'hui encore mieux compte de ce que peut être l'activité d'une salle de marché : quant tout va bien, on se gave comme des fous, mais quand ça va mal, on coule. Bravo!

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13 octobre 2008

Les commissaires aux comptes de la Société Générale convoqués

jkerviel

C'est donc aujourd'hui qu'a lieu l'audition des Commissaires aux Comptes (Deloitte et Ernst & &Young) par les magistrats chargés de l'enquête, Renaud Van Ruymbeke et Françoise Desset. Rappelons que cette audition demandée par Jérôme Kerviel et ses avocats était initialement prévue le 22 septembre.

La défense de l'ancien trader tente de démontrer que ses opérations avaient été validées en comptabilité, ce qui selon eux, démontrerait une acceptation tacite de la hiérarchie de la banque, voire une complicité active.

Cette confrontation a été l'occasion, pour une des avocates de Jérôme Kerviel, Maître Caroline Wasserman, de faire valoir de façon anticipée un certain nombre d'arguments afin de préparer l'opinion publique à d'éventuelles révélations.

Ainsi, on a appris que Marine Auclair, une responsable du "Middle résultat" avait adressé le 16 avril 2007 un mail à sa hiérarchie (Maia Miori-Otal) et à plusieurs contrôleurs financiers en s'interrogeant sur un montant de 94 millions d'euros non-justifié en comptabilité.

Le JDD (Journal du Dimanche) cite le mail : "Ce mail pour vous informer que nous avons 88 Mios d'euros d'écarts FO/CO [c'est-à-dire entre ce qu'annonce le trader et le résultat comptable] sur trois futurs dax juin du gop 2A [produits achetés sur le marché allemand, le Dax étant l'indice de la Bourse de Francfort. Le gop 2A est le centre opératoire de Jérôme Kerviel] et 6 Mios d'euros sur un forward booké [produit négocié de gré à gré] face à Click Option au 30/03/2007"

Ce montant aurait finalement été validé en comptabilité après juste une réunion de service et un entretien avec le trader (en présence de Vincent Guyot, contrôleur financier et Sébastien Lombard, responsable de l'équipe "Risq"), où celui-ci aurait révélé l'existence de transactions fictives.

Négligence coupable ou complicité active de la part de la banque ? C'est à cette question que les juges d'instruction devront apporter une réponse, après s'être forgés une conviction. Mais il apparaît de plus en plus que Jérôme Kerviel n'a pas eu  beaucoup de difficulté à dissimuler ses opérations fictives, et même que sa hiérarchie les avait acceptées.

Toutefois, les montants en question (94 millions d'euro, si ce mail de Marine Auclair était avéré) semblent relativement faibles, et en tous cas, sans commune mesure avec les montants en jeu par la suite, et jusqu'au début de l'année 2008. En avril 2007, le montant non justifié passe de 94 à 142 millions d'euros pour atteindre 2,2 milliards d'euro début juillet 2007. A chaque fois, les explications fournies par Jérôme Kerviel, faisant suite à des dizaines de mails alarmistes, semblent satisfaire sa hiérarchie, qui enregistre toutes les opérations fictives en comptabilité.

Les juges devront donc évaluer si cet enregistrement en comptabilité de 94 millions fait de la banque une complice objective de Jérôme Kerviel, à qui elle aurait ainsi donné un "blan-seing" pour qu'il continue ses opérations.

Dans la foulée de cette audition, les avocats de Jérôme Kerviel n'ont pas manqué d'intégrer l'argument de la crise financière dans leur stratégie de défense :

Ainsi Maître Bernard Benaïem a déclaré : "Ce que nous disons, c'est que de façon évidente, et aujourd'hui la crise financière vient le confirmer, il y a un système qui existait et il ne faut pas que des lampistes, tel que Kerviel, soient les seuls a supporter les conséquences de cette crise financière".

Maître Eric Dupond Moretti a également déclaré : "Kerviel, c'est un élément parmi tant d'autres et la crise d'aujourd'hui démontre à l'évidence qu'il est un tout petit pion. Si j'avais du cynisme, je vous dirais que cinq milliards, à l'égard de ce qu'on a vu la semaine dernière, c'est peu de choses".

Sous-entendu, la course aux profits, qui a provoqué la crise des subprimes, a mis en place les conditions qui ont fait que Jérôme Kerviel a pris des positions au-delà de ce qui était autorisé.

Mais, ce qui me semble fallacieux, hors de propos, et pour ne pas dire une lourde erreur de la part des avocats de la défense de Jérôme Kerviel, est l'argument qui consiste à dire que 5 milliards d'euro, ce n'est pas grand chose au regard du désastre financier actuel. Certes, en relatif, c'est une part marginale. Mais 5 milliards, dans l'absolu, c'est beaucoup, et en plus, cette phrase maladroite sous-entend que Maître Dupond-Moretti admet d'une certaine façon la culpabilité de Jérôme Kerviel !

Est-ce parce que mon voisin fraude que j'ai le droit de frauder ? Non!

Ce lapsus (?) de Maître Dupond-Moretti est édifiant pour un avocat de cette envergure. Car, depuis le début, la défense de Jérôme Kerviel consiste à dire que ses agissements étaient admis par sa hiérarchie, et non que sa faute était légère en relatif, dans la mesure où la banque avait commis une faute encore plus lourde avec les titres Subprimes.

Notons enfin qu'une seconde confrontation avec les Commissaires aux Comptes est prévue le 21 octobre.

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18 septembre 2008

Les CAC de la Société Générale entendus comme témoins

Les Commissaires aux Compte de la banque ont été entendus comme témoins les 15 et 16 septembre, à la demande des avocats de Jérôme Kerviel. Ceux-ci veulent notamment mettre en évidence des irrégularités dans la comptabilité de la banque qui démontreraient une complicité objective de la hiérarchie du trader.

Maître Caroline Wasserman soulignait ainsi : "Nous avons relevé des irrégularités et des bizarreries et nous avons préparé une liste de questions que nous comptons bien poser lors des prochaines auditions".

Par ailleurs, les avocats de Jérôme Kerviel sembleraient demander également l'audition du trader (le "plus expérimenté de tous" selon Daniel Bouton) qui a débouclé les positions de Jérôme Kerviel.

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09 septembre 2008

Les interrogations que soulève le rapport Green

La confrontation du mercredi 3 septembre entre Jérôme Kerviel et son ancien assistant Thomas Mougard a permis aux avocats de Jérôme Kerviel de poursuivre leur stratégie offensive contre la Société Générale. Pour prouver que la hiérarchie ne pouvait ignorer les agissements de Jérôme Kerviel, mais qu’en plus elle les connaissait et les acceptait, les avocats ont demandé l’audition des Commissaires aux Comptes de la banque, afin de déceler dans la comptabilité des preuves de complicité de la banque par fourniture de moyens.

Dès le début de l’enquête, Jérôme Kerviel a demandé aux Juges d’Instruction une expertise financière qui permettrait de mettre en évidence une complicité éventuelle de la banque. Pour l’instant, les juges d’instruction n’ont pas donné suite à cette demande.

Le Rapport de Synthèse de la Mission Green effectuée par l’Inspection Générale de la banque entre le 24 janvier et le 20 mai 2008 (et pas seulement les extraits parus dans la presse que la banque a bien voulu diffuser), fait pourtant apparaître de nombreuses zones d’ombre auxquelles l’instruction ne semble pas encore avoir répondues. Or, ces zones d’ombres pourraient cacher une complicité objective de la hiérarchie du trader.

1.     La Société Générale a découvert, dès avril-mai 2007, l’existence d’opérations dites« fictives » : des alertes ont été envoyées à cette date par le middle office au responsable du desk Delta One et à son supérieur, mettant en avant des anomalies relevées sur le périmètre de Jérôme Kerviel. La hiérarchie n’a jamais réagi à ces alertes ; les Contrôleurs Financiers auraient-ils alors décidé de passer en comptabilité ces opérations fictives en équivalent financier afin d’effectuer les arrêtés mensuels et trimestriels ? Et que cache ce silence de la part des supérieurs de Jérôme Kerviel ?

2.     La position de trésorerie de Jérôme Kerviel n’a pas pu échapper aux responsables de la salle de marchés. Le rapport souligne que les prises de positions massives ont commencé à partir de mars 2007. Des positions de 28 milliards d’euro au 31juin, débouclées en août, puis de 30 milliards d’euro au 31 octobre, débouclées en novembre ont abouti à un gain de 1,5 Milliards d’euro. Etrangement, la hiérarchie de Jérôme Kerviel ne se serait jamais rendu compte de l’excédent de trésorerie cash de 1,3 Milliards d’euro du 28 décembre 2007 au 1er janvier 2008 sur le centre opératoire de Jérôme Kerviel !! Cette somme n’est pourtant pas si mince, pour passer à ce point inaperçue ! La même remarque s’applique lorsque la position de Jérôme Kerviel était en déficit de 2 milliards d’euro en juin 2007, montant impossible compte tenu des activités « autorisées » de Jérôme Kerviel. Pourquoi la banque a-t-elle réagi seulement le 18 janvier 2008 ? Se pourrait-il qu’à cette date, pour la première fois, ces montants soient « sortis » de la Salle des  Marchés, qui est un monde clos au sein de la banque, à cause d’une opération mal « ficelée » qui aurait augmenté le risque et impacté la solvabilité de la banque ?      

3.    Le résultat 2007 de Jérôme Kerviel (43 millions d’euro dont 25 millions d’euro de trading pour compte propre et 18 millions d’euro de trading « clients ») a été multiplié par 6 entre 2006 et 2007 pour représenter 59% du résultat de la table DLP (Delta One Listed Products) et 27% de l’ensemble du desk Delta One en 2007 ! Qui pourra croire qu’au sein de la salle des marchés, personne n’ait pu détecter cette contribution, improbable compte tenu de l’activité d’arbitragiste sur les warrants « turbos » des concurrents de Jérôme Kerviel (contributrice à hauteur de 3 millions d’euro) ? Par ailleurs, le résultat de 25 millions d’euro pour le trading en compte propre plaçait Jérôme Kerviel comme 15ème meilleur trader, sur 143, du pôle arbitrage de GEDS (Global Equities & Derivatives Solutions) : or son activité d’arbitragiste ne pouvait expliquer cette performance.

4.    Les montants de frais de courtage en fin d’année (6,2 millions d’euro soit 28% du résultant annuel associé) et des appels de marge en cash réalisés par la Chambre de Compensation (imputables jusqu’à 90% à Jérôme Kerviel début janvier 2008), ne pouvaient non plus échapper à la hiérarchie de Jérôme Kerviel.

L’Inspection Générale qualifie tout au long du rapport les positions de « frauduleuses ». Mais c’est à la justice de qualifier ces opérations de frauduleuses, si elle estime que la hiérarchie de Jérôme Kerviel n’était au courant de rien.

Le rapport Green se contente de donner pour excuse que la hiérarchie était défaillante, et qu’elle n’a pas réagi de façon appropriée aux nombreux signaux et alertes. Excuse trop facile pour nier la responsabilité de la banque, et surtout erronée : si le rapport Green ne reconnaît évidemment pas que la hiérarchie était au courant des positions massives à partir de mars 2007 (ce qui compte tenu de certains éléments mentionnés ci-dessus n’a rien d’évident), il reconnaît que de mars 2004 à janvier 2007, la hiérarchie tolérait (échanges de mails à l’appui) la prises de positions directionnelles intraday (« spiel ») sur les futures sur indices et sur certaines actions qui sortaient du mandat de Jérôme Kerviel. Il affirme également que le manager avait identifié en juillet 2005 une position overnight non autorisée de 10 ME sur l’action Allianz, qui n’avait pas donné lieu à de sanction.

Ainsi, si la hiérarchie a toléré des positions directionnelles intraday, puis des positions overnight non autorisées, pourquoi n’aurait-elle pas toléré, de la même façon, des prises de positions massives, qui rappelons-le, ont abouti à une plus-value de 1,4 milliards d’euro à la fin 2007 ? Invoquer le manque de compétence de ses équipes de management (chose déjà en soi gravissime pour une société du calibre de la Société Générale !) pour argumenter que la hiérarchie n’était au courant de rien, me semble peu convaincant.

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04 septembre 2008

Sur la mise en examen de Thomas Mougard

Jérôme Kerviel a été confronté hier à son assistant, Thomas Mougard, qui a été mis en examen pendant l’été.

Alors que les avocats de l'ex-trader ont affirmé avoir apporté des preuves tangibles d'une complicité objective de la hiérarchie de Jérôme Kerviel dans ses positions boursières, les juges d'instruction tentent donc d’en déterminer le rôle de Thomas Mougard. Jérôme Kerviel a hier « regretté » la mise en examen de son ancien assistant, le dédouanant ainsi d'une éventuelle complicité (alors que rappelons-le, Jérôme Kerviel n’est pas encore, aux yeux de la loi, coupable).

Qu’elle que soit l’issue de cette affaire, la mise en examen de Thomas Mougard, jeune assistant, et donc petit sbire au sein de sa société (n’y voir aucune appréciation négative là-dedans, nous sommes tous passés par là dans nos débuts professionnels) me semble proprement scandaleuse. Quiconque a mis les pieds dans une entreprise sait bien qu’il est quasiment impossible de ne pas respecter les ordres d’un supérieur hiérarchique : les évaluations de fin d’années, les promotions et bonus éventuels sont liés à la performance individuelle, mais aussi à une appréciation des supérieurs hiérarchiques qu’il convient de ménager en permanence. Même si Jérôme Kerviel avait agi de façon frauduleuse (l’enquête doit le démontrer), quand bien même Thomas Mougard savait que ses opérations étaient frauduleuses (ce qui n’est pas acquis, si on en croit les dires de Daniel Bouton qui voit en Jérôme Kerviel un « formidable dissimulateur »), pouvait-il raisonnablement refuser un ordre, et mettre, peut-être, ses gratifications financières et professionnelles, voire sa survie même au sein de la société, en péril ? Bien sûr que non ! Quelle que soit la culpabilité de Jérôme Kerviel, Thomas Mougard n’est qu’un pantin dans cette histoire !!

Plus généralement, je ne vois pas comment les juges pourraient se prononcer dans cette affaire sans un minimum de connaissances des fonctionnements du monde de l’entreprise. Course à la promotion et au bonus pour l’employé, course à la croissance et au profit pour l’entreprise : le système s’alimente d’une compétition permanente qui pousse chacun à donner le meilleur de soi-même, et parfois à adopter des attitudes peu éthiques. Or l’entreprise elle-même pousse à certains comportements peu recommandables (sans compter nos hommes politiques, sensés représenter la république et donner l’exemple…). Comment, dans ce cas, juger l’accident, certes coûteux, qui est arrivé dans cette banque ?

Car l’hypothèse d’une implication de la hiérarchie semble prendre de plus en plus de crédibilité. Accords tacites sur les positions de Jérôme Kerviel voire encouragements appuyés : il apparaît aujourd’hui fort peu vraisemblable que la hiérarchie de Jérôme Kerviel n’était au courant de rien.

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