SauvezKerviel : site sur l'affaire de la Société Générale

L'affaire Jérôme Kerviel et son lynchage médiatique sans précédent...

06 octobre 2010

Un jugement inique

Il n’est pas d’usage de commenter les décisions judiciaires en France : la justice est souveraine, et ses décisions doivent être respectées, dit-on. J’étais resté silencieux sur ce blog dans l’attente du verdict du procès de Jérôme Kerviel, et il était normal de laisser la justice faire son travail. Pourtant, peut-on aujourd’hui rester silencieux face à ce verdict d’une sévérité stupéfiante, d’une iniquité invraisemblable, qui confine à une sorte de condamnation à mort ?

Personne ne peut relativiser la responsabilité de Jérôme Kerviel, pas même le principal concerné qui a toujours reconnu sa « faute ». Mais personne ne peut aussi imaginer qu’une banque a pu ignorer un gain de 1,5 milliards chez un seul trader, et une position ouverte de 50 milliards.

« Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » : La moralité de La Fontaine démontre encore toute sa modernité, sa triste actualité.

On reste interdit, abasourdi, incrédule, face au jugement implacable du procès de Jérôme Kerviel, et, disons-le, fataliste. Ne doutons pas que le choc eût été moins grand si la justice faisait preuve d’autant de fermeté dans toutes les occasions. Inutile de lister ici les décisions judiciaires clémentes qui nous ont fait hurler ces dernières années. Nous savons aujourd’hui qu’en France, le crime financier est plus grave que le crime sexuel, que certains crimes homicides, que le crime fiscal et les malversations en tout genre des plus nantis et puissants.

Les nombreuses réactions publiées sur ce site montrent de la colère, de l’écœurement, de l'émotion même, et un certain découragement face à ce que beaucoup qualifient de justice à deux vitesses. Par cette décision, la justice française dédouane les banques de toute responsabilité et leur donne un chèque en blanc pour une poursuite de leurs agissements comme si rien ne s’était passé, comme si la crise des subprimes n’avait jamais existé et révélé leurs turpitudes.

Cette affaire Sogé / Jérôme Kerviel n’aura servi à rien.

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05 octobre 2010

Verdict du procès de Jérôme Kerviel

10H26 - Jérôme Kerviel est déclaré coupable d'abus de confiance 

10H53 - Cinq ans de prison, dont 3 fermes

10H54 - Dommages et intérêts: 4,9 milliards d'euros (somme réclamée par la SG)

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24 avril 2009

En guise de conclusion sur l'affaire Kerviel / Société Générale

La demande d’une nomination d’un collège d’experts indépendants par l’avocat de Jérôme Kerviel, Olivier Metzner (encore un nouveau, les précédents ne convenaient décidément pas !), me donne l’occasion de m’exprimer une dernière fois sur cette affaire.  Oui, ce sera mon dernier article. La justice doit désormais faire son travail et s’exprimer sur la culpabilité éventuelle de Jérôme Kerviel. Et il n’y aura ici plus grand-chose à rajouter. Tous les éléments publics de l’enquête ont été présentés, commentés, analysés sur ce blog ; et j’en profite pour remercier les nombreux lecteurs pour leur fidélité.

La dernière « cartouche » d’Olivier Metzner n’apporte rien de nouveau aux éléments connus. Elle ressemble à une tentative désespérée de la défense pour faire entendre des arguments auxquels les juges d’instruction (Van Ruymbeke et Desset) se sont montrés sourds, même agacés.

Il y a eu les alertes, nombreuses, non suivies de rappels à l’ordre, encore moins de sanctions. Il y a eu les montants engagés par le trader, qui n’ont jamais semble-t-il, éveillé les moindres suspicions de la part de sa hiérarchie.  Il y a eu les gains formidables de 2007, puis les pertes abyssales de 2008 qui ont conduit à la disgrâce. Il y a eu les dysfonctionnements invraisemblables des systèmes de contrôle de la banque, une absence coupable de management. Il y a eu tout cela… et la Socgen ne peut fuir devant sa responsabilité, considérable, d’avoir créé les conditions d’un tel cataclysme.

Mais il y a aussi, et peut-être surtout, une incapacité de la défense à démontrer, prouver, une complicité objective de la banque. Tout au plus, une négligence coupable, inadmissible à ce niveau... Mais rien en tous cas qui pourrait dédouaner Jérôme Kerviel de sa faute. La stratégie de défense du trader, dans l’esprit, « si je tombe,  la banque doit tomber aussi » accable la Socgen et ses manquements, mais ne parvient pas vraiment à convaincre de l’innocence du trader. La défense le sait bien, et ce dernier baroud d’honneur ne semble pas susceptible d’inverser la tendance.

Ce dernier article est aussi l’occasion de prendre du recul, alors que la planète financière sort péniblement d’une des plus grandes tourmentes de son histoire. Il convient de noter que cette affaire, qui n’aurait pu être qu’un épiphénomène coûteux pour la banque, fut le catalyseur d’un marasme boursier considérable, et le révélateur de pratiques inouïes en salles de marchés. Jérôme Kerviel et ses prises de positions de 50 milliards, cela n’était possible que parce que le système financier est vérolé, malsain. Inutile de parler au passé. Nous voyons tous les jours que la planète finance n’attend que son redressement pour reprendre ses turpitudes. Dernier exemple, bien sûr, Dexia, et l’octroi de 8 millions d’euro de bonus à ses dirigeants bien que la banque n’ait été sauvée de la faillite que par une intervention de l’état, donc de ses contribuables. Soyons-en sûrs : la rédemption sera financière, mais pas morale.

Les dirigeants de la Socgen ont su jeter en pâture l’identité d’un homme, en dénonçant sa culpabilité au mépris de tout principe de présomption d’innocence, pour se dégager de leurs responsabilités. Il est tellement plus facile de mettre sur l’échafaud un coupable désigné que de balayer devant sa porte et s’appliquer les principes de moralisation !

Je le répète, tout est dit ici, sur ce blog… le pedigree du trader, un quidam, un trader comme les autres, avide de performances, de bonus, mais pas comme les autres parce que parent pauvre de la salle de marché, l’universitaire passé du back-office au trading, son ascension, son dérapage, sa chute, la bienveillance de la banque quand il gagnait, son lynchage en règle quand tout alla mal…

Un conte de fées financier qui a viré au cauchemar… Et désormais, un être seul face à la justice.

Il n’y a plus rien à dire… je peux me taire désormais.

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09 février 2009

Jérôme Kerviel à "7 à 8" sur TF1 : "Je suis mister nobody et je veux redevenir personne"

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Ca y est, le plan médiatique de Jérôme Kerviel est en marche! Après le ratage du Parisien (vraie-fausse interview basée sur des morceaux "Off" censés rester secrets), ce sont finalement la radio RTL et la grande chaine culturelle TF1 qui ont eu le priviliège d'accueillir celui qui est passé de l'anonymat à la célébrité dont il se serait bien passé, ainsi qu'il le résume dans une phrase magnifiquement préparée : "Je suis mister nobody et je veux redevenir personne". Pas sûr que l'ancien trader soit exaucé dans son souhait, lui autour duquel s'est focalisée une grande partie de l'actualité de la Socgen depuis un an. De même que le nom de Nick Leeson, plusieurs années après l'affaire, continue à symboliser ce que l'on sait, il est à parier que le nom de Jérôme Kerviel sera durablement lié aux difficultés que connaît la banque, quel que soit le dénouement du procès.

Un an après cette brusque apparition médiatique, Jérôme Kerviel ne cherche pas à travailler son statut de star malgré lui, mais joue ses dernières cartouches, alors que l'instruction ne lui a pas permis, semble-t-il, de démontrer aux juges (ou de faire accepter aux juges) que la banque était derrière tous ses agissements.

Ainsi, Jérôme Kerviel prend la France à témoin. Les juges d'instruction n'ont pas voulu aller au fond de l'affaire en allant chercher d'éventuelles preuves au siège de la banque ? Jérôme Kerviel charge son ancien employeur devant la France entière pour démontrer que, non, il n'est pas l'escroc que la banque a présenté, qu'il n'est qu'un pantin, un sbire, une machine à cash efficace que sa hiérarchie a voulu user jusqu'à la moelle, puis incriminé, jusqu'au licenciement et à la poursuite.

Si les arguments semblent plausibles, convaincants, voire sincères (et osons le dire, très crédibles, tant les banques nous ont montré depuis plusieurs mois l'étendue de leurs turpitudes financières), il reste encore des zones d'ombres que les interviews n'expliquent pas. Pourquoi a-t-il produit des faux ? Ces faux étaient-ils connus de sa hiérarchie ? Pourquoi a-t-il continué à investir de plus en plus dans les derniers jours alors que l'étau se resserait ? Toutes ces questions sans réponse me font finalement me demander si nous saurons un jour toute la vérité sur cette affaire...

En attendant le procès, il est peu probable que Jérôme Kerviel refasse une apparition dans les médias. Le jeune homme souhaite rester discret... on peut le croire. Le choix de RTL, et d'une émission telle que "7 à 8", plutôt que la grande-messe du JT de 20h démontrerait une volonté de ne pas trop se montrer, malgré tout.

Voici donc quelques éléments de Verbatim de son entretien avec le journaliste Thierry Demaizières,

"Ce n'était pas un jeu, c'était mon métier d'investir sur les marchés financiers (...) peu à peu on perd les notions des montants". "Ça va très vite, on investit de l'argent, on achète bas et on espère vendre plus cher. En 5 secondes vous pouvez investir 200 millions d"euros..."

"A la fin de la journée, mon chef me donnait une tape dans le dos en me disant : 'Alors tu as été une bonne gagneuse aujourd'hui ?"

"A aucun moment, on ne m'a dit 'arrête tes conneries. On me l'aurait dit, j'aurais arrêté" (...) "Oui j'ai fait des bêtises, il y a des opérations fictives, mais je n'ai pas falsifié les comptes (...) "On m'a laissé faire" (...) "Ils ont ouvert la voiture, on m'a donné les clefs en me faisant des gestes de la tête en disant : 'Vas-y ! Vas-y'". J'ai peut être été plus loin que les autres mais on m'a poussé"

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27 janvier 2009

Jérôme Kerviel vs Société Générale : fin de l'enquête

Moins d’une semaine après les dernières auditions de Jérôme Kerviel, les juges d’instruction ont donc clos l’enquête ce lundi 26 janvier

Jérôme Kerviel et ses avocats ont maintenant trois mois pour réclamer, s’ils le souhaitent, des actes d'enquête complémentaires.

Le parquet se prononcera ensuite sur un renvoi éventuel du trader devant le tribunal correctionnel, ainsi que de son ancien assistant Thomas Mougard, le malheureux exécutant qui rappelons-le est le seul protagoniste de l’affaire (mais dans son cas, il est plus juste de parler de second, voire de troisième ou quatrième rôle !) à être mis en examen avec Jérôme Kerviel. Une aberration que j’ai largement eu l’occasion de dénoncer dans les pages de ce blog.

Compte tenu des délais, l'ordonnance de renvoi ne devrait pas être délivrée avant l'été, pour une audience qui pourrait se tenir aux alentours du printemps 2010.

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15 décembre 2008

L'affaire Madoff ou le nouveau désastre d'un capitalisme malade et exsangue

360 millions de dollars pour ManGroup ; 75 millions d’euro pour Unicredit ; 450 millions d’euro pour Natixis ; 350 millions d’euro pour BNP Paribas ; peut-être 1 millard de dollars pour HSBC ; et encore Santander, Nomura, Royal Bank of Scotland ; des hedge funds laminés (7,28 milliards pour le seul fond Fairfield Greenwich ; plus d’un milliard pour Tremont ; près de 4 milliards de dollars pour les institutions suisses…) ; des particuliers américains ruinés par centaines, par milliers. Au total un montant considérable de 50 milliards de dollars partis en fumée, et la liste des victimes du pseudo-courtier ex-patron du Nasdaq Bernard Madoff ne cesse de s’allonger en ce lundi 15 décembre qui pourrait être funeste sur les marchés boursiers.

La mécanique de la fraude était très simple… tellement simple que cette simplicité en devient effrayante : Madoff rémunérait ses clients avec les apports de ses nouveaux clients. Et cela durait depuis 20 ans ! 20 ans que de grandes instituions financières confiaient et laissaient leur argent dans un gouffre… sans rien voir ! Pourquoi voir d’ailleurs, pourquoi regarder, lorsque cela rapporte ?

La supercherie a été découverte lorsque plusieurs des « hedge funds » clients, pour faire face à la crise de liquidités et à la tempête boursière, ont réclamé à Madoff tout ou partie de leurs capitaux. Bien évidemment dans l’impossibilité de rembourser, Madoff a avoué son forfait.

Mais quel rapport avec Jérôme Kerviel et l’affaire de la SocGen, me direz-vous ?!

Alors que la semaine dernière, les juges d’instruction ont rendu un rapport soulignant les dissimulations de Jérôme Kerviel, et l’absence de complicité active ou passive de la banque dans l’affaire, le cas Madoff peint un tableau du monde de la finance en ruines, décrédibilisé, usé, à genoux, vil. Ces honorables institutions financières ont pensé que l’argent était si facile qu’elles le confiaient sans contrôle à un pseudo-gourou des marchés, en réalité à un escroc sans scrupule ; elles ont aussi considéré que l’argent était tellement facile qu’on pouvait le confier à des personnes très jeunes, sans garde-fou, et valoriser chez eux l’appart du gain avec des bonus mirobolants. Lorsque ces traders rapportaient de l’argent, pas de problème ! On continue à fonctionner ainsi ! Mais lorsque les marchés deviennent si imprévisibles et volatiles que les risques sont surmultipliés et les pertes gigantesques s’accumulent, alors là, on ne savait pas, on s’est laissé abuser ! Facile non ?

Les institutions financières pouvaient-elles déceler les activités frauduleuses de Madoff ? Probablement pas… Mais je pense qu’elles sont largement coupables de s’être exposées à des marchés particulièrement risqués et d’avoir fermé les yeux lorsque les marchés montaient, et de ne les avoir ouverts que lorsque la situation devenait dramatique.

De la même façon, je ne crois pas en l’absence de complicité de la SocGen dans les agissements de Jérôme Kerviel. Même si l’ex-trader a outrepassé ses droits, même s’il a dissimulé tout ou partie de ses positions, et sans qu’on sache si la banque a pu, à un moment ou un autre, encourager les agissements de Jérôme Kerviel (cela, on ne le saura sans doute jamais...), il ne fait aucun doute que ce monde de la finance a vécu sur un train démentiel, disproportionné et déconnecté de la réalité, qui n’a pu qu’encourager ce type de pratiques.

Les crises ont souvent des vertus prophylactiques. Espérons que celle que nous vivons permettra au monde de la finance de se régénérer et d’adopter des comportements plus sains… jusqu’aux prochains excès, et jusqu’à la prochaine crise !

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